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Ramadan: pour les Libyens, le plus dur sera de se passer de café
Espresso, lungo ou ristretto? Seul pays arabe colonisé par les Italiens, la Libye, comme ses anciens occupants, ne badine pas avec les nuances de café. A l'approche du ramadan, les jeûneurs se préparent à se priver de leur dose de caféine pendant la journée.
Comme tous les musulmans pratiquants, les Libyens observent le jeûne durant le mois du ramadan qui commence en fin de semaine. Du lever au coucher du soleil, il leur est interdit de manger et de boire, y compris évidemment du café.
"Le café que les Libyens boivent en 16 heures en temps normal, ils le boivent en deux heures pendant le ramadan, après le coucher du soleil", s'amuse Mohamed Zourgani, qui tient un café au coeur de la médina, la vieille ville.
Hérité de son grand-père qui l'avait acheté à un Libyen juif dans les années 1950, le petit commerce de l'homme de 31 ans, à la barbe bien taillée, ne désemplit pas. Et le ramadan ne l'inquiète pas: après la rupture du jeûne, ses clients vont se ruer pour "se rassasier de café aussi naturellement qu'on boit de l'eau".
La tradition du café remonte au XVe siècle en Libye. Cultivés au Yémen, les grains voyageaient de la péninsule arabique vers l'Europe notamment via la Libye. Puis, sous l'influence des Italiens, succédant aux Ottomans en 1911, les Libyens adoptent le fameux espresso en plus de l'épais café turc, qu'ils appellent "café arabe".
- Variantes italiennes -
"L'ancienne génération est encore attachée au café arabe mais les jeunes commandent surtout de l'espresso ou du macchiato" (café surmonté d'une mousse de lait), raconte Mohamed Zourgani, pendant que ses employés versent à tour de bras l'aromatique liquide noir dans des gobelets en carton.
"Même en pleine guerre, les Libyens ne peuvent pas se passer de leur café", ironise le jeune patron, en référence aux violences armées qui ont secoué le pays depuis la chute et la mort du dictateur Mouammar Kadhafi, à la faveur de la révolution de 2011.
A Tripoli, la vie a repris et les cafés font le plein. Sur une terrasse ou un bout de trottoir, on installe parfois des tables de bar autour desquelles, sirotant une "tazza" de café à moins d'un euro, on se raconte la journée ou on se désole du chaos politique.
Les cartes de boissons chaudes abondent de variantes à l'italienne, de l'espresso, pour les puristes, à l'affogato (sans alcool), pour les plus gourmands. Et comme à Rome, l'americano s'avère plus corsé qu'ailleurs dans le monde.
A la terrasse d'un autre café de la médina, des hommes de tous âges devisent tranquillement autour d'un café. Emmitouflé dans une doudoune et un bonnet, Abdel Basset Hamza a abandonné son magasin de valises pour commander rapidement son café de fin d'après-midi.
- Soirées caféinées -
"Il n'y a rien qu'on boive plus que le café", constate l'homme de 63 ans à la barbe blanche, un latte à emporter bien en main.
Dans les pays voisins, "vous ne trouvez pas de café de cette qualité, fait de cette manière avec de telles machines", s'enorgueillit le commerçant, qui tient aussi à boire "tous les matins" la version turco-arabe de sa boisson préférée.
Alors pendant le ramadan, "on pense toute la journée au café que l'on va boire", confie-t-il. Et directement après la prière du coucher du soleil, il s'en donne à coeur joie, même s'il assure avoir réduit sa consommation pour sa santé.
Buveur invétéré depuis l'adolescence, Ali Khawaja, 24 ans, appréhende comme chaque année les journées sans café. Mais le ramadan est aussi l'occasion de se réunir autour de l'envoûtant fumet de cette boisson.
"Le café est sur toutes les tables de l'iftar", le repas de rupture du jeûne, fait remarquer ce jeune habitant de la banlieue de Tripoli, veste en cuir et chevelure soigneusement brossée sur le côté. Et après l'iftar, "on passe la soirée à en boire dehors avec les amis", durant les longues nuits du ramadan.
E.Ramalho--PC