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Affaire M'Barki: une enquête et des zones d'ombre
Une enquête ouverte par la justice, un journaliste de la première chaîne info de France qui nie avoir été le jouet d'ingérences étrangères, un lobbyiste entreprenant: l'affaire Rachid M'Barki n'a pas encore livré tous ses secrets.
Une enquête préliminaire a été ouverte à Paris après la plainte contre X déposée par BFMTV pour des soupçons d'ingérence dans le travail de M. M'Barki, licencié depuis, a appris jeudi l'AFP de sources proches du dossier.
L'enquête a été ouverte "récemment", a précisé l'une de ces sources, et confiée à la sous-direction des affaires économiques et financières de la police judiciaire parisienne.
Le parquet national financier (PNF), qui n'a pas souhaité confirmer l'information, a seulement indiqué à l'AFP avoir reçu "un dessaisissement du parquet de Paris".
Cette enquête donne un tour judiciaire à une affaire qui ressemblait jusque-là au scénario d'un film d'espionnage.
Présentateur des journaux de la nuit de BFMTV et de "Faites entrer l'accusé" sur RMC Story, Rachid M'Barki a été licencié en février pour faute grave par le groupe Altice, auquel appartiennent ces chaînes. Une plainte contre X pour corruption passive et abus de confiance a été déposée.
En cause, des soupçons d'ingérence étrangère dans son travail de présentateur des journaux de la nuit sur BFMTV. Cela concerne une douzaine de brèves illustrées en image, ayant notamment trait aux oligarques russes, au Qatar ou au Sahara occidental.
Le journaliste de 54 ans a été mis en cause dans une enquête internationale du collectif de journalistes Forbidden Stories, à laquelle ont contribué pour la France la cellule investigation de Radio France et Le Monde.
- Désinformation -
Parue mi-février, cette enquête pointait les activités d'une société israélienne, surnommée "Team Jorge", spécialisée dans la désinformation au profit de différents clients, dont des Etats.
"Il m'est reproché d'avoir failli à ma déontologie professionnelle en passant des informations non vérifiées à l'antenne et en laissant supposer que j'aurais été rémunéré pour cela. Tout cela est faux et relève de la calomnie pure", a assuré M. M'Barki mercredi lors de son audition par une commission d'enquête parlementaire sur les ingérences étrangères.
En déplorant un "lynchage médiatique", il a toutefois admis avoir fait passer à l'antenne des images fournies à sa demande par l'un de ses "informateurs", un lobbyiste nommé Jean-Pierre Duthion, dont le nom apparaît dans l'enquête de Forbidden Stories.
Parmi ces images, certaines avaient trait à un forum économique entre le Maroc et l'Espagne organisé en juin dans le Sahara occidental.
"C'était des images neutres", a fait valoir M. M'Barki, en niant avoir jamais été payé par M. Duthion.
Le journaliste d'origine marocaine a assuré n'avoir eu "à aucun moment l'impression" que M. Duthion "pouvait travailler pour quelqu'un qui essayait de manipuler une information".
Entendu jeudi par la même commission d'enquête parlementaire, le directeur général de BFMTV, Marc-Olivier Fogiel, a toutefois déclaré que ce lobbyiste avait tenté en vain d'influer sur le travail d'un autre journaliste de la chaîne, contre rétribution.
"M. Duthion a essayé de contacter d'autres journalistes de BFMTV après le départ de Rachid M'Barki (...) pour leur proposer d'autres types d'informations, entre guillemets, qui n'ont pas retenu leur intérêt", a révélé M. Fogiel.
Il dit avoir été prévenu par ces journalistes puis avoir répercuté l'information lors de l'enquête interne.
"A l'un (des journalistes) a été proposée une rétribution à ce moment-là", a-t-il ajouté. "Je ne dis pas que M. M'Barki a été rétribué, je n'ai aucun élément, ou même si ça lui a été proposé je n'en sais rien".
jpa-alh-fbe-pr/may/mpm
L.E.Campos--PC