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Pakistan: l'ex-Premier ministre Imran Khan appelle à de nouvelles manifestations
Au lendemain de sa libération sous caution, l'ancien Premier ministre pakistanais Imran Khan a appelé samedi à de nouvelles manifestations dans le pays, après des jours d'affrontements entre ses partisans et les forces de sécurité déclenchés par son arrestation.
"La liberté ne s'obtient pas facilement. Il faut l'arracher. Il faut se sacrifier pour elle", a déclaré samedi soir Imran Khan dans un discours prononcé devant ses partisans depuis sa résidence de Lahore.
Mardi, l'ancien chef de gouvernement (2018-2022) avait été arrêté par des dizaines de paramilitaires lors d'une comparution de routine devant un tribunal d'Islamabad dans une affaire de corruption.
Empêtré dans des dizaines d'affaires judiciaires, Imran Khan qui multiplie les accusations à l'encontre de la puissante armée pakistanaise depuis son éviction du pouvoir, avait finalement été libéré sous caution vendredi après que son arrestation a été déclarée illégale par la Cour suprême.
Le ministre de l'Intérieur, Rana Sanaullah, a néanmoins promis que M. Khan, qui fait pression depuis plusieurs mois pour l'organisation d'élections avant octobre dans l'espoir de revenir au pouvoir, serait tôt ou tard à nouveau arrêté.
Son arrestation avait déclenché de violents affrontements dans plusieurs villes du pays entre ses partisans et les forces de sécurité. Plusieurs bâtiments gouvernementaux ont été incendiés, des symboles militaires détruits et des routes bloquées.
Dans son discours Imran Khan a pris ses distances avec les dégradations commises à l'encontre des installations militaires et nié que des membres de son parti, le PTI, aient été impliqués, appelant à une enquête indépendante sur les violences.
Au moins neuf personnes sont mortes au cours de ces événements, selon la police et les hôpitaux. Des centaines de policiers ont été blessés et plus de 4.000 personnes arrêtées, principalement dans les provinces du Pendjab (est) dont Lahore est la capitale et de Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest), selon les autorités.
Samedi, l'ancienne star de cricket reconvertie en politique a néanmoins appelé ses partisans à redescendre dans les rues du pays dimanche et a annoncé la reprise mercredi de sa campagne pour des élections anticipées.
Un peu plus tôt, l'actuel Premier ministre, Shehbaz Sharif, qui a succédé à M. Khan, a prévenu que "ceux qui ont fait preuve d'un comportement antiétatique seront arrêtés et jugés par des tribunaux antiterroristes".
- "Perceptions erronées" -
Depuis des mois, l'ex-Premier ministre qui bénéficie d'une forte popularité s'est lancé dans des diatribes à l'encontre de son successeur et de l'institution militaire qui l'a aidé à accéder au pouvoir en 2018 avant de lui retirer sa confiance.
"Les actions du chef de l'armée ont rendu notre armée mauvaise. C'est à cause de lui, pas à cause de moi", a-t-il une nouvelle fois dénoncé sans que l'on sache s'il parlait du chef en exercice ou de son prédécesseur, que M. Khan tient pour responsable de son éviction.
Un peu plus tôt, Imran Khan avait déjà déclaré aux journalistes qu'"un seul homme, le chef de l'armée", était à l'origine de son arrestation de mardi.
L'armée, qui nie les accusations de M. Khan, a une nouvelle fois mis en garde samedi contre les tentatives malveillantes visant à créer des "perceptions erronées" à l'encontre de l'institution.
Quelques heures avant l'arrestation de M. Khan mardi, elle avait déjà dénoncé les "allégations fabriquées de toutes pièces et malveillantes" prononcées contre elle par le leader du PTI durant le weekend.
Ce dernier avait une nouvelle fois accusé un officier supérieur d'avoir comploté pour l'assassiner en novembre lors d'un meeting électoral où il avait été blessé par balle à une jambe.
Les critiques directes à l'encontre de la puissante armée sont rares, car considérées comme une ligne rouge à ne pas dépasser, au risque de se retrouver dans le viseur de l'appareil sécuritaire.
L'armée exerce une influence politique considérable au Pakistan. Elle a organisé au moins trois coups d'Etat depuis l'indépendance en 1947 et assumé le pouvoir pendant plus de trois décennies.
"Tout le monde sait de qui il s'agit. Ce sont les militaires qui sont derrière (l'arrestation de M. Khan)", a déclaré à l'AFP Mohsin Khan, un partisan du PTI âgé de 21 ans, devant le domicile de M. Khan.
E.Raimundo--PC