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Pakistan: retour au calme en dépit de l'appel d'Imran Khan à manifester
L'appel à manifester au Pakistan, lancé par l'ex-Premier ministre Imran Khan après sa remise en liberté, n'a finalement pas été suivi d'effet dimanche, au terme d'une semaine marquée par des affrontements provoqués par son arrestation.
De nouvelles manifestations pourraient néanmoins éclater dans les prochains jours: Imran Khan a promis de relancer sa campagne alors qu'il fait face à de nouvelles affaires judiciaires et qu'un embargo sur une nouvelle arrestation émis par un tribunal d'Islamabad expire lundi.
Star de cricket reconvertie en politique, Imran Khan avait été placé en détention mardi lors d'une comparution de routine devant un tribunal d'Islamabad dans une affaire de corruption. Il avait obtenu vendredi une remise en liberté sous caution.
Dans un discours prononcé samedi devant ses partisans depuis sa résidence de Lahore, le leader de l'opposition avait appelé à manifester dans les rues et villages dimanche à partir de 17H30 (12H30 GMT) pendant une heure.
"La liberté ne s'obtient pas facilement. Il faut l'arracher. Il faut se sacrifier pour elle", avait-il exhorté.
Mais son appel est largement resté lettre morte à Lahore.
"J'ai eu honte de voir que personne n'est sorti dans notre quartier, alors je suis venue ici, sur une grande route, pour être vue", a déclaré à l'AFP Aisha Asif, une femme au foyer de Lahore, âgée de 48 ans. "Nous voulons juste l'amélioration du pays", a-t-elle ajouté.
L'ancien chef de gouvernement (2018-2022), qui fait pression pour l'organisation d'élections avant octobre dans l'espoir de revenir au pouvoir, a profité de son discours samedi pour annoncer la reprise de sa campagne à partir de mercredi.
Empêtré dans des dizaines d'affaires judiciaires, le septuagénaire multiplie les accusations à l'encontre de la puissante armée pakistanaise depuis son éviction du pouvoir.
- "Terrorisme" -
Après sa remise en liberté, le ministre de l'Intérieur, Rana Sanaullah, a assuré que M. Khan serait tôt ou tard à nouveau arrêté. "Ce terrorisme et cette intimidation collective ont tous été planifiés et cela a été fait par Khan", a-t-il déclaré dimanche à des journalistes.
L'arrestation d'Imran Khan avait déclenché de violents affrontements dans plusieurs villes du pays entre ses partisans et les forces de sécurité. Plusieurs bâtiments gouvernementaux ont été incendiés, des symboles militaires détruits et des routes bloquées.
Au moins neuf personnes sont mortes au cours de ces événements, selon la police et les hôpitaux. Des centaines de policiers ont été blessés et plus de 4.000 personnes arrêtées, principalement dans les provinces du Pendjab (est) dont Lahore est la capitale, et de Khyber Pakhtunkhwa (nord-ouest), selon les autorités.
Samedi, l'actuel Premier ministre, Shehbaz Sharif, qui a succédé à M. Khan, a prévenu que "ceux qui ont fait preuve d'un comportement antiétatique seront arrêtés et jugés par des tribunaux antiterroristes".
- "Perceptions erronées" -
Depuis des mois, l'ex-Premier ministre qui bénéficie d'une forte popularité s'est lancé dans des diatribes à l'encontre de son successeur et de l'institution militaire qui l'avait aidé à accéder au pouvoir en 2018 avant de lui retirer sa confiance.
Samedi, Imran Khan a affirmé auprès des journalistes qu'"un seul homme, le chef de l'armée", était à l'origine de son arrestation.
Le week-end dernier, il avait également renouvelé ses accusations à l'encontre d'un officier supérieur affirmant que ce dernier avait comploté pour l'assassiner en novembre lors d'un meeting électoral où il avait été blessé par balle à une jambe.
L'armée, qui nie les accusations de M. Khan, a une nouvelle fois mis en garde samedi contre les tentatives visant à créer des "perceptions erronées" à l'encontre de l'institution.
Les critiques directes à l'encontre de la puissante armée sont rares, car considérées comme une ligne rouge à ne pas dépasser, au risque de se retrouver dans le viseur de l'appareil sécuritaire.
L'armée exerce une influence politique considérable au Pakistan. Elle a organisé au moins trois coups d'Etat depuis l'indépendance en 1947 et assumé le pouvoir pendant plus de trois décennies.
J.Oliveira--PC