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En quittant la Birmanie, TotalEnergies se retire une épine du pied à bon compte
En quittant la Birmanie et le champ gazier de Yadana, le géant français TotalEnergies fait une bonne affaire: il renonce à une part marginale de ses activités tout en soignant son image, estiment plusieurs experts interrogés par l'AFP.
"Dans le business de TotalEnergies, comme dans le business de la plupart des grandes majors occidentales, la Birmanie est de facto un acteur négligeable", explique ainsi Nicolas Mazzucchi, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et spécialiste en énergie.
"Je pense que d'un point de vue économique et de trésorerie, c'est un actif relativement petit dans le périmètre" du groupe, renchérit à propos de la Birmanie, Anish Kapadia, du cabinet de conseil Palissy Advisors.
"Les considérations financières n'ont jamais été déterminantes dans ce dossier" et dans la décision de TotalEnergies de se retirer, a assuré un porte-parole du groupe interrogé par l'AFP.
Il indique cependant que "les opérations en Birmanie représentent 105 millions de dollars en 2021, soit moins de 1% des résultats de l'entreprise".
A en croire plusieurs analystes, le maintien dans le pays des groupes énergétiques devenait compliqué à défendre en termes d'image.
"Il faut noter la concordance des deux annonces du départ de deux sociétés importantes (TotalEnergies et son partenaire Chevron), et d'ailleurs Shell a aussi fait un communiqué pour dire qu'il n'avait pas d'activité en Birmanie", souligne un spécialiste du marché international du gaz.
"Il y a 2, 3, 4, 5 ans, c'était moins une préoccupation pour les investisseurs et donc moins pour les entreprises, alors que maintenant, c'est au premier plan, en termes de décisions d'investissement de certains investisseurs", a commenté M. Kapadia.
- Pas un virage stratégique -
Si la politique RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) d'un groupe n'est pas à la hauteur, certains investisseurs "n'investiront pas dans l'entreprise, quelle que soit la qualité de l'aspect financier" de cette dernière, insiste M. Kapadia.
De là à y voir un virage stratégique du géant pétrolier français? Sans doute pas, selon la plupart des analystes interrogés par l'AFP.
"Ils sont clairement impliqués, et beaucoup de leurs pairs sont impliqués, dans beaucoup de pays où il y a des problèmes géopolitiques. Cela signifie-t-il que (le groupe) va simplement se retirer dans des pays sûrs de l'OCDE ? Non, je ne pense pas que ce soit le cas", résume M. Kapadia.
Le retrait de TotalEnergies avait d'autant plus de sens que le groupe ne manque pas de projets par ailleurs, avec "des découvertes très importantes, notamment au large du Sénégal/Mauritanie il y a quelques temps", selon M. Mazzucchi.
En revanche, cette décision pourrait renforcer la dépendance géopolitique de la Birmanie vis-à-vis de la Chine : pour cette dernière, elle est "un acteur stratégique", rappelle M. Mazzucchi.
Non pas pour des raisons d'exploitation des hydrocarbures, mais parce qu'elle permet à la Chine, par un réseau d'oléoducs et de gazoducs, d'aller "chercher des hydrocarbures dans la région du golfe arabo-persique et d'en décharger une partie en Birmanie", souligne-t-il.
A.Magalhes--PC