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Tests de soumission chimique: l'ordre des pharmaciens émet des "réserves"
L'ordre national des pharmaciens a émis mercredi "des réserves" au sujet des kits de détection de substances chimiques dans les boissons, vendus dans certaines officines, et a appelé les pharmaciens "à la vigilance".
"Ce qui interroge quand même, c'est que ces tests n'ont, à ma connaissance, pas de marquage CE", gage du respect des exigences réglementaires pour que ce produit puisse être commercialisé en Europe, a indiqué Carine Wolf-Thal, la présidente du conseil national de l'ordre des pharmaciens.
Généralement proposés dans les milieux de la nuit et les festivals, ces tests - la détection se fait grâce à un petit bâtonnet que l'on trempe dans la boisson - sont parfois vendus dans "certaines officines" mais n'ont pas "fait leurs preuves de sécurité et de fiabilité" à ce stade, a-t-elle ajouté à l'occasion d'un point presse.
"Le risque c'est que ce soit faussement rassurant", même si "on ne peut pas complètement balayer d'un revers de main l'idée de tester une boisson", selon elle.
En outre, ce genre de tests, fabriqués aux Etats-Unis et au Royaume-Uni notamment, ne figurent pas non plus pour l'heure dans la liste des marchandises autorisées qu'un pharmacien peut vendre en officine.
"La question, c'est +est-ce que cela doit entrer dans la liste ou pas?+", interroge Mme Wolf-Thal. En attendant, "attention au choix de référencement de ce test", a-t-elle dit.
La soumission chimique consiste en l'administration de substances psychoactives à un individu, souvent une femme, à son insu, à des fins notamment d'agression et de viol.
L'ordre des pharmaciens rappelle que pendant la crise sanitaire liée au Covid, les pharmacies ont servi "de refuge, de lieu d'alerte" aux victimes de violences sexuelles et sexistes.
Le gouvernement avait relancé en octobre une mission sur le sujet de la soumission chimique confiée à la sénatrice RDSE Véronique Guillotin et à la députée MoDem Sandrine Josso.
Celle-ci avait notamment recommandé que les pharmacies puissent délivrer, sur prescription médicale, aux femmes qui pensent avoir été droguées, un "kit de détection" ou "kit du lendemain" avec des "flacons pour recueillir l'urine", les adresses utiles et "toute la marche à suivre" pour accéder à la preuve.
"Rien n'a été encore décidé" sur l'analyse de substances chimiques à partir d'un prélèvement sanguin ou urinaire, a indiqué Mme Wolf-Thal, mais cela va "faire partie d'un très prochain rendez-vous".
La Défenseure des droits, saisie d'un cas particulier en décembre, préconise de son côté de sensibiliser les services de police dans le cadre de leur formation et de faciliter "l’accès à des kits de détection dans les commissariats de police, les brigades de gendarmerie et les unités médico-judiciaires".
Elle recommande aussi que la délivrance d'un kit "soit systématiquement accompagnée d’une proposition à pouvoir s'isoler dans des toilettes afin qu’il puisse être utilisé dignement et proprement".
L.Henrique--PC