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Au Pakistan, la recherche des disparus de la mousson, à la lueur des téléphones
A la lueur de leurs téléphones portables, ils fouillent ce qui reste de leurs maisons écrasées sous les rochers, la boue et l'eau charriées par la mousson: sans électricité ni moyens, les villageois du nord du Pakistan tentent de sauver leurs proches.
Certains ont une pelle ou un marteau à la main. D'autres, comme Saqib Ghani, un étudiant du village de Dalori, fouillent à mains nues les décombres. Le corps de son père a été retrouvé, mais il cherche d'autres membres de sa famille toujours bloqués sous les décombres -- morts ou vifs.
Doucement, des secouristes éloignent le jeune homme sous le choc, tandis que des voisins le prennent avec eux, lui donnent un peu d'eau, dans une vaine tentative d'apaiser sa peine.
Lundi, la vie de tout le monde a basculé en quelques minutes à Dalori. Quinze maisons ont été entièrement détruites, plusieurs autres partiellement endommagées et neuf habitants ont été déclarés morts, alors que les recherches se poursuivent pour une vingtaine de disparus.
- Un "boum", un torrent et "l'apocalypse" -
Depuis quelques jours, partout dans la province montagneuse du Khyber-Pakhtunkhwa, à la lisière de l'Afghanistan, on parle des plus de 350 morts de la mousson, particulièrement meurtrière cette année.
Mais les coulées de boue, glissements de terrain et autres crues subites s'étaient cantonnés aux districts voisins: Battagram et Buner -- le plus touché avec 219 décès confirmés jusqu'ici--, plus au nord, ou Bajaur et Lower Dir, vers l'ouest.
Mais lundi matin, "il y a eu un énorme +boum+ tout en haut de la montagne et de la fumée noire a commencé à monter vers le ciel", raconte Lal Khan à l'AFP.
Aussitôt, "un énorme torrent d'eau s'est mis à dévaler les parois montagneuses", poursuit cet agriculteur de 46 ans qui, parmi les gravats, a aperçu la main d'une voisine. Plus tard, il a appris que son corps et ceux de ses quatre enfants avaient été retrouvés sans vie.
"Et on ne peut rien faire. On n'a aucun moyen face à cette calamité que la nature nous envoie", se lamente l'homme.
Gul Hazir, lui, assure que les pluies torrentielles sont venues de deux côtés, encerclant le village.
"C'était comme dans les films d'apocalypse. Je n'arrive toujours pas à croire ce que j'ai vu", dit-il à l'AFP. "Et ce n'est même pas l'eau qui nous a frappés en premier, mais des rochers et des pierres qui se sont abattus en masse sur nos maisons".
Ousmane Khan, un responsable dépêché par l'administration locale, a recensé "11 zones touchées par des lames d'eau", ces pluies torrentielles qui se déversent en très peu de temps sur un petit périmètre.
- Urbanisme anarchique -
Mais, dit-il, les dégâts auraient pu être moindres si les habitants n'avaient pas construit leurs maisons dans le lit d'un ancien cours d'eau.
"L'eau n'avait plus aucun conduit pour s'échapper", accuse-t-il, alors que, régulièrement, des drames meurtriers relancent la question de l'urbanisme anarchique au Pakistan, gangrené par pauvreté et corruption.
Quant aux opérations de sauvetage dans un tel environnement, "elles sont extrêmement difficiles, car les engins de chantier ne peuvent pas passer par des chemins si étroits", poursuit-il.
Alentour, des pelleteuses tentent de dégager la route principale, défoncée en plusieurs endroits, et les gravats qui bloquent les canaux d'acheminement ou d'échappement de l'eau.
Dans ce qui était avant les rues du village, des troupeaux sans berger errent, les pattes dans l'eau.
Dalori a déjà enterré cinq de ses enfants à la lueur de portables qui, bientôt, s'éteindront faute de pouvoir être rechargés. Dans les maisons plongées dans l'obscurité depuis que la pluie a coupé l'électricité, des femmes portent le deuil.
L'une d'elle, drapée dans un grand châle, lâche dans un souffle: "je ne resterai pas vivre ici".
La semaine dernière, Dalori s'était déjà mobilisé pour contrer les effets de la mousson. Le village avait organisé une collecte de dons pour les districts voisins. Une façon de dire leur solidarité avec les sinistrés.
"On ne savait pas que, nous aussi, bientôt, on aurait besoin d'aide", lance, amer, Gul Hazir.
A.Seabra--PC