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Après un raid dans un centre d'arnaque en ligne en Birmanie, ruée vers d'autres usines clandestines
Après une récente intervention militaire dans l'un des plus gros centre d'arnaques en ligne de Birmanie, certains travailleurs ont choisi de fuir, mais d'autres se sont rués vers les "usines" de fraude voisines, racontent à l'AFP experts et travailleurs concernés.
Une véritable industrie de l'arnaque en ligne générant des milliards de dollars prolifère en Asie du Sud-Est ces dernières années.
En Birmanie, des complexes tentaculaires abritent des travailleurs dont la mission, sous l'autorité de groupes criminels organisés, est de piéger les internautes partout dans le monde avec des arnaques sentimentales ou commerciales, pour leur soutirer de l'argent.
Ces sites ont prospéré le long de la frontière avec la Thaïlande, une zone peu surveillée pendant la guerre civile déclenchée par un coup d’État en février 2021.
Selon les observateurs, si de nombreux employés de ces usines clandestines sont victimes de trafic d'êtres humains, d'autres s'y rendent volontairement dans l'espoir de salaires attractifs.
Fin octobre, un raid de la junte birmane sur le KK Park, l'un des plus gros complexes du pays, a poussé plus de 1.500 personnes vers la Thaïlande.
A l'arrivée des militaires, "tout le monde a couru (...), c'était notre chance de nous échapper", a raconté un Philippin voulant garder l'anonymat qui a fui avec une trentaine de compatriotes et a traversé en bateau la rivière vers l'ouest de la Thaïlande.
Parmi ces déplacés, beaucoup ont cherché de nouvelles opportunités sur ce marché noir.
- "Patrons sans scrupule" -
Un Chinois employé dans ce domaine a dit à l'AFP avoir vu le 23 octobre quelques centaines de personnes venues de KK Park affluer trois kilomètres plus loin, dans l'usine à cyberarnaque où il travaille de son plein gré, pour un salaire pouvant atteindre 1.400 dollars (1.200 euros) par mois.
"Certaines personnes seront recrutées par des patrons sans scrupule", a-t-il expliqué. "Tout dépend de votre chance."
L'homme, qui s'exprime sous couvert d'anonymat pour des raisons de sécurité, a partagé avec l'AFP sa localisation en direct sur une application de messagerie, montrant qu'il se trouvait en Birmanie, près de la frontière thaïlandaise.
Jason Tower, expert à la Global Initiative against Transnational Organized Crime, estime que de nombreux escrocs de KK Park se sont effectivement déplacés vers des complexes voisins.
"Certaines personnes recherchent un nouvel endroit où exercer ces activités frauduleuses" qu'elles "peuvent considérer comme un travail", a-t-il expliqué.
Cette industrie en Asie du Sud-Est rapporte environ 37 milliards de dollars (32 mds EUR) par an, a estimé l'ONU en 2023. Un chiffre sans doute "bien plus important", selon l'ONU, car les réseaux de paiements cryptés anonymes ainsi que la sous-déclaration des pertes par des victimes rendent difficile la quantification.
- Majorité de Chinois -
La plupart de ces complexes sont sous la coupe de groupes criminels chinois, en cheville avec des milices birmanes. Selon les experts, la junte birmane ferme les yeux sur ces réseaux aux mains de ses alliés miliciens.
Le pouvoir birman a subi des pressions de la Chine pour mettre fin à ces activités, son allié militaire étant irrité par le nombre de ses citoyens impliqués ou victimes.
La junte a déclaré qu'en octobre ses troupes avaient occupé 200 bâtiments dans le KK Park et trouvé plus de 2.000 "escrocs".
Selon les analystes, cette descente était probablement limitée et soigneusement orchestrée pour apaiser les tensions sans véritablement nuire à ses profits.
Le raid a provoqué le départ de 1.500 personnes de 28 nationalités vers la Thaïlande, selon les autorités provinciales thaïlandaises.
Selon un expert, environ 20.000 personnes exerçaient au KK Park, une grande majorité de nationalité chinoise.
Pour le travailleur chinois interrogé par l'AFP, après l'opération du KK Park, les groupes armés locaux se sont précipités pour en tirer profit, les escrocs au chômage étant "vendus" à d'autres exploitants pour un montant pouvant atteindre 70.000 dollars (60.800 euros). Il n'est pas clair s'il s'agit de volontaires ou de victimes de traite.
Pour les organisations de défense des droits humains, le problème ne peut être résolu qu'en s'attaquant aux chefs chinois gérant cette industrie clandestine.
"(Ils) doivent être arrêtés, poursuivis en justice et voir tous leurs biens saisis", a déclaré Jay Kritiya, du Réseau de la société civile pour l'aide aux victimes de la traite des êtres humains, à l'AFP. "C'est ça, la véritable répression."
A.F.Rosado--PC