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"Me voici, très belle": derrière les murs d'un centre de cyberarnarque au Cambodge
"Me voici, très belle": la perquisition d'un centre de cyberarnaque par la police cambodgienne révèle les méthodes utilisées par les fraudeurs pour piéger leurs victimes étrangères, entre scripts multilingues et photos de jeunes femmes.
Alignés côte à côte dans une vaste pièce dépouillée, les écrans d'ordinateur sont restés allumés après la descente de police et offrent un rare aperçu de cette industrie clandestine florissante en Asie du Sud-Est.
"Salut Charlie, comment ça va aujourd'hui? Tu es toujours à Nice?"; "Salut Andrei, tu es guide à Strasbourg?", peut-on lire sur une note en anglais parmi d'autres questions pré-rédigées.
D'autres ordinateurs montrent des "scripts" destinés à une vingtaine de pays européens, dont la France et la Belgique, des faux profils sur les réseaux sociaux ou des canaux Telegram en chinois sur la cuisine anglaise ou la vie quotidienne américaine.
Le Cambodge est devenu ces dernières années une place forte de la cybercriminalité. Des arnaqueurs - consentants ou contraints de travailler sous la menace - y piègent des internautes du monde entier à travers de fausses relations amoureuses ou des investissements dans les cryptomonnaies.
Mais sous la pression de la Chine et de plusieurs autres pays, les autorités cambodgiennes, longtemps accusées de fermer les yeux, affirment s'attaquer avec force à cette industrie pesant des milliards de dollars.
L'AFP a été invitée mercredi par la police à visiter un centre perquisitionné la veille au 30e étage d'un immeuble du centre de Phnom Penh, où huit ressortissants chinois et 57 Cambodgiens ont été arrêtés.
Ils sont accusés d'avoir commis "des escroqueries en ligne en persuadant des victimes en Europe d'investir dans de faux placements", dit le commissaire adjoint Bun Sosekha, qui a conduit la descente de police.
"Auparavant, les délinquants étaient des étrangers, mais les Cambodgiens commencent aussi à s'y mettre", souligne-t-il.
- "J'ai 33 ans" -
Selon le contenu des ordinateurs, les escrocs se livraient notamment à des arnaques sentimentales, qui consistent à amadouer les victimes pendant des semaines avant de leur soutirer de l'argent.
" Si ça ne te dérange pas, est-ce que je peux te demander si tu es plus vieux ou plus jeune que moi? J'ai 33 ans", dévoile une conversation en tchèque.
"52", répond l'autre personne.
"Les hommes de cet âge sont très attirants, stables et mûrs", enchaîne l'arnaqueur présumé avant d'envoyer la photo d'une femme aux traits asiatiques. "Me voici, très belle".
On trouve également sur les écrans restés allumés un système de pointage des travailleurs, détaillant à la seconde près le temps passé aux toilettes, à manger ou à fumer.
Largement concentrée dans la région du Mékong, l'industrie de la cyberarnaque a atteint des " proportions industrielles", avec des revenus mondiaux annuels estimés à 64 milliards de dollars, selon un récent rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
Elle a profité d'un vide juridique et de la pandémie de Covid pour proliférer au Cambodge, qui compte l'"éradiquer" d'ici le mois d'avril, a déclaré à l'AFP Chhay Sinarith, chef de la commission gouvernementale anticybercriminalité.
Selon lui, près de 350 centres d'arnaque et casinos ont été fermés par les autorités depuis juillet, plus de 200.000 personnes ont fui le pays et environ 10. 000 ont été expulsées.
Mais les réseaux criminels semblent s'adapter rapidement à la campagne de répression des autorités cambodgiennes, que certains analystes dénoncent comme un écran de fumée.
Ils abandonnent les grands complexes trop visibles pour "mener des activités à petite échelle", note Chhay Sinarith. Les bureaux perquisitionnés mardi à Phnom Penh se trouvaient à 15 minutes de route du siège de la police nationale.
L.Torres--PC