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Génocide des Yazidis: le jihadiste français Sabri Essid condamné par défaut à la réclusion criminelle à perpétuité
Le jihadiste français Sabri Essid, présumé mort en Syrie, a été condamné vendredi par défaut à la réclusion criminelle à perpétuité à Paris pour sa participation au génocide de la minorité religieuse des Yazidis en zone irako-syrienne au milieu des années 2010.
A l'issue de cinq jours de procès, la cour d'assises l'a reconnu coupable de génocide, crimes contre l'humanité et complicité de ces crimes.
"Sabri Essid a pris part au génocide perpétré par l'Etat islamique", a déclaré le président de la cour d'assises, Marc Sommerer, soulignant qu'il s'était "inscrit dans cette chaîne criminelle qui consistait à acheter, revendre, acheter, revendre de très nombreuses victimes" yazidies.
Pour la cour, il apparaît "clair que le groupe des Yazidis a clairement été ciblé par l'EI en tant que groupe religieux".
Clémence Bectarte, avocate des parties civiles dans le dossier, a salué la décision, y voyant l'"aboutissement de dix années de combat judiciaire" pour ses clientes, "qui ont eu le courage, la détermination de porter leur témoignage devant la justice, alors qu’elles savaient que ce ne serait qu’un de leurs nombreux bourreaux qui pourrait être condamné au terme de cette procédure judiciaire".
Sabri Essid, né à Toulouse en 1984 et connu en Syrie sous le nom de Abou Dojanah al-Faransi, est une figure centrale du jihadisme français proche notamment des frères Clain, les voix de la revendication des attentats du 13 novembre 2015 en France.
Il était jugé pour avoir participé à la "politique d'asservissement" des Yazidis menée par le groupe EI qui considérait les membres de cette communauté kurdophone, adepte d'une religion pré-islamique, comme des hérétiques, notamment en achetant plusieurs captives de cette communauté sur des marchés et en les soumettant à de l'esclavage sexuel, entre 2014 et 2016.
Pendant le procès, deux femmes yazidies, dont une victime de ses sévices sexuels, ont témoigné à la barre, racontant avec beaucoup de dignité les horreurs qui leur ont été infligées: capturées en août 2014 lors de l'attaque sur le mont Sinjar, fief des Yazidis en Irak, elles ont été séparées de leur mari dont elles n'ont plus jamais eu de nouvelles - la plupart ont été tués - et vendues sur des marchés, avec leurs enfants.
Passant de geôliers en geôliers, elles servaient d'esclaves domestiques mais aussi sexuelles, en étant violées quotidiennement.
- "Politique de destruction" -
"Les violences sexuelles ont constitué une étape majeure dans la politique de destruction des Yazidis", a observé la représentante du ministère public dans ses réquisitions, rendues plus tôt dans la journée.
S'il n'est pas reproché à Sabri Essid "d'avoir été une tête pensante de la politique d'extermination" de cette communauté, il y a "activement participé", a souligné la magistrate, estimant que cet "homme profondément violent, déterminé à briser l'humanité de ses victimes" était "un homme qui incarne le génocide".
Le jihadiste s'était rendu début 2014 en zone irako-syrienne, où il avait été rejoint par sa femme, leurs trois enfants et le fils de cette dernière, né d'une précédente union. Il est présumé mort en 2018.
Mais "des zones d'ombre persistent" sur son décès, a remarqué Sophie Havard. Lors des débats, son épouse, entendue comme témoin, a en effet émis des doutes sur sa mort. Dans son verdict, la cour d'assises a tenu compte des incertitudes planant sur son sort et maintenu les effets du mandat d'arrêt émis à son encontre.
"Dans ce génocide, le meurtre n’a pas été la principale méthode", a-t-elle expliqué. "Plusieurs politiques se sont imbriquées", dont "la politique d’extermination et la politique de réduction en esclavage, qui doit aussi mener in fine à la mort", a-t-elle détaillé.
Il s'agit du premier procès du genre en France. Mais plusieurs condamnations de membres de l'EI pour le génocide des Yazidis ont été prononcées en Europe ces dernières années, la première en Allemagne en 2021, puis l'an dernier en Suède et en Belgique.
"Chaque condamnation est une reconnaissance de la souffrance des victimes", a salué Natia Navrouzov, directrice de l'ONG Yazda. "C'est un moment historique, on espère que ça aura un effet domino en France comme ça l'a eu en Allemagne", où il y a eu plusieurs condamnations en lien avec ce génocide.
S.Caetano--PC