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La "cybérisation" de la criminalité s'accélère, prévient le chef de l'unité nationale Cyber
Des données d'opérateurs de téléphonie au piratage massif d'informations de la Fédération française de tir, la France figure parmi les pays les plus touchés en matière de fuites de données et de "cybérisation" de la criminalité.
Le général Hervé Petry, commandant de l'unité nationale cyber (UNC), bras armé opérationnel de la gendarmerie dans le cyberespace, dresse auprès de l'AFP un état des lieux.
Question: Quelles évolutions constatez-vous?
Réponse: "On est en train d'assister à une +cybérisation+ de la criminalité, de la criminalité organisée notamment. Là où on peut être un peu surpris, c'est la rapidité du phénomène, son accélération, et les moyens dont ils se dotent pour passer à l'action, ce que l'on voit très bien par exemple à travers les +crypto-rapts+.
D'autre part, on note une augmentation du nombre de fuites de données qui, et c'est ça l'évolution, ne sont pas réalisées simplement dans l'optique d'une revente pour s'enrichir, mais sont réutilisées à des fins de ciblage de futures et potentielles victimes.
La cybercriminalité est en train d'évoluer d'une cybercriminalité très tournée vers la technique à une cybercriminalité très tournée vers les données. Donc, une cybercriminalité cognitive, d'une certaine manière.
Ils arrivent à agréger ces données, c'est assez récent, et à constituer des espèces de bases de données, des panels.
Il y a une forme d'industrialisation des cyberattaques entre des logisticiens et des gens qui achètent des outils d'attaque, ce qui explique aussi une forme de démocratisation de l'accès.
Mais une des caractéristiques aussi les plus fortes, est ce phénomène d'hybridation avec d'autres acteurs qui sont ou criminels ou gouvernementaux. On a affaire à des groupes criminels aujourd'hui qui sont en train de mieux s'organiser, avec une surface financière qui est importante et des capacités de recrutement via les réseaux qui n'est plus à démontrer, face à des gens sans véritable barrière morale.
On s'est aussi rendu compte assez rapidement que des États hostiles utilisaient des groupes criminels et des hackers pour nous attaquer".
Q- Quels sont les profils des hackers?
R- "Le hacker classique qu'on pourrait caricaturer avec une capuche dans sa cave derrière un ordinateur, ça existe, ils forment une communauté au niveau international, c'est très anglo-saxon.
Nos hackers à nous sont d'abord francophones, et sur le territoire national, ou à l'étranger dans des territoires où ils se sentent plutôt protégés, c'est une évolution que l'on constate.
Ils ne sont pas tous très bons en anglais mais ils développent des liens avec d'autres hackers francophones (ça peut être des Canadiens, Belges, Suisses, ou du Maghreb). Ils sont loin d'être des ingénieurs en informatique, ils sont un peu repliés sur eux-mêmes, enfermés dans le gaming et sont toujours dans la démonstration pour prouver qu'ils sont les meilleurs, capables de s'introduire dans n'importe quel réseau.
Il y a beaucoup d'émulation et beaucoup d'ego, et à un moment donné, il y a une espèce de convergence entre eux et les groupes criminels classiques, chacun pouvant trouver dans l'autre une forme d'intérêt.
Une partie des hackers aujourd'hui se rapproche des codes et des fonctionnements de la criminalité organisée classique - en termes de pression, règlement de compte, incendie sur des habitations, etc., et ils peuvent être issus des mêmes milieux sociaux et basculer dans une criminalité beaucoup plus agressive.
On retrouve des personnes recrutées sur les réseaux qui sont des petites mains sans foi ni loi. On retrouve ensuite des espèces de logisticiens et des commanditaires et qui empruntent beaucoup au monde et au réseau du narcotrafic. Il peut y avoir des commanditaires qui touchent à tout mais qui ont trouvé un nouveau filon et qui montent des coups par du recrutement. Il faut une forme d'ingénierie sociale, il faut bien l'identifier".
Q- Quels sont vos axes d'action alors même que les messageries chiffrées complexifient votre tâche?
R- "Les enquêtes sous pseudonymes, sous le contrôle du magistrat, le renseignement, et le troisième est ce qu'on a développé en matière de formation et de recrutement.
On a compris assez tôt que le cyber allait tout envahir en matière de criminalité, y compris le domaine classique de la criminalité organisée, des trafics. On a donc décidé de mettre dans les groupes d'enquête classique les 1.000 cyber-enquêteurs du haut du spectre dont est en train de se doter la gendarmerie.
Il faut toujours coller au plus près des évolutions criminelles pour pouvoir agir au plus vite sans trop de temps de retard. C'est notre enjeu".
P.Cavaco--PC