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Ukraine : après une fusillade, les partisans d'une légalisation des armes passent à l'offensive
Sept morts, des policiers accusés d'avoir fui la scène... La sanglante et rarissime fusillade samedi dernier à Kiev donne des arguments aux partisans d'une légalisation des armes en Ukraine, gage selon eux d'une sécurité accrue dans une nation déjà traumatisée par la guerre avec la Russie.
Pour une raison encore indéterminée, un homme a ouvert le feu avec une carabine sur des passants puis dans un supermarché samedi dans la capitale ukrainienne.
L'émotion suscitée par la mort de sept personnes cède progressivement la place à la colère déclenchée par le fait que deux policiers - désormais suspendus - semblent avoir fui les lieux et à des appels à s'armer.
"Je ne sais pas combien d'innocents devront encore mourir pour que tous comprennent la réalité à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui", a réagi la députée Oleksandra Oustinova, membre de la commission parlementaire sur la sécurité intérieure.
"En Israël, par exemple, lorsqu'on calcule en combien de secondes un terroriste sera neutralisé, on prend aussi en compte le nombre des personnes autour susceptibles d'être armées", a-t-elle fait valoir, sur Facebook.
La réglementation sur les armes à feu en Ukraine est aujourd'hui fragmentée entre de multiples textes qui, ensemble, forment un patchwork très restrictif. La possession d'armes de poing est de facto interdite et celle d'armes longues (fusils, carabines, etc.) liée à l'obtention d'un permis attribué sur des critères sévères.
- Envie de s'armer -
Selon des estimations du Small Arms Survey, à Genève, un peu moins de 10% des foyers ukrainiens possèdent une arme à feu.
"La guerre d'agression (déclenchée par la Russie en février 2022, ndlr) n'a pas entraîné une hausse significative de la possession d'armes à feu par les civils en Ukraine", peut-on lire dans un rapport paru en décembre de ce centre de recherche indépendant.
Si elles ont distribué des dizaines de milliers d'armes au début de l'invasion pour soutenir la défense territoriale, les autorités ukrainiennes ont ensuite renforcé leurs mécanismes de contrôle et intensifié les saisies.
Mais l'envie de s'armer est bien là. Un autre baromètre réalisé en octobre par le Small Arms Survey montre que 42% des hommes ukrainiens n'ayant pas d'arme aujourd'hui aimeraient en avoir une.
"Rien ne procure un tel sentiment de sécurité que de savoir qu'on a de quoi se défendre", écrivait lundi Kateryna Halouchka, qui a servi en tant qu'ambulancière sur le front.
"Rien n'est plus frustrant, sur ce point, que l'absence de loi unique sur les armes civiles, la légitime défense et un contrôle plus rigoureux du système d'autorisation", ajoutait la jeune femme sur Instagram.
- Enfin une loi ? -
Le 23 février 2022, à la veille du déclenchement de l'offensive russe, les députés ukrainiens ont bien voté en première lecture deux textes régissant enfin la possession d'armes à feu par les civils et les conditions de leur emploi au titre de l'autodéfense.
Mais ces propositions de loi végètent depuis dans les tiroirs de la Rada, le Parlement ukrainien.
Pour leur auteur, Igor Fris, un député de la majorité présidentielle, la fusillade de Kiev aurait, peut-être, pu être empêchée si les civils avaient disposé du droit de porter des armes de poing.
Lorsqu'un criminel est armé "mais qu'il sait qu'en face de lui se trouvent de nombreux citoyens respectueux de la loi qui sont eux aussi armés, il réfléchira à dix fois avant de sortir avec cette arme pour tuer", a déclaré M. Fris à l'AFP.
"D'un autre côté, nous sommes actuellement en état de guerre. Un grand nombre de personnes se trouvent dans un état émotionnel plutôt à vif. Evoquer la possibilité de porter de telles armes est sans doute envisageable mais seulement avec une certaine période de transition", a-t-il ajouté.
Au lendemain du drame, le ministre de l'Intérieur Igor Klymenko s'est dit déterminé à relancer les discussions autour de la législation.
Tout le monde ne l'entend pas de cette oreille.
Députée de l'opposition, Inna Sovsoun dit trouver "vraiment étrange que des déclarations sur l'importance de légaliser les armes émergent après qu'une personne, avec une arme légalement enregistrée, a tiré sur des passants à Kiev".
"Faut-il en distribuer encore à davantage de personnes comme celle-là ?", a-t-elle écrit sur Instagram. "Je veux qu'il y ait le moins d'armes possible autour de mon enfant mais qu'il y ait en revanche des policiers capables de le protéger si nécessaire".
J.V.Jacinto--PC