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De retour à la barre au procès libyen, Sarkozy contredit son ex-bras droit, Claude Guéant
Nicolas Sarkozy a contredit mercredi devant la cour d'appel de Paris Claude Guéant en réfutant que Mouammar Kadhafi ait évoqué le sort judiciaire de son beau-frère lors d'un dîner officiel à Tripoli en 2007, et qu'il ait lui-même demandé à son bras droit de s'occuper de ce sujet.
"La seule fois où M. Kadhafi m'en a parlé, c'est en 2005", lors d'une visite que M. Sarkozy effectuait en tant que ministre de l'Intérieur, a ajouté ce dernier, qui avait déjà expliqué avoir formulé une fin de non-recevoir à cette requête.
Le point est central: l'accusation soupçonne qu'un "pacte de corruption" a été conclu entre le camp Sarkozy et les autorités libyennes, qui auraient accepté le principe d'un financement de sa campagne présidentielle de 2007 en échange d'un certain nombre de contreparties, dont l'examen du sort judiciaire d'Abdallah Senoussi, condamné en France à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'attentat de 1989 contre le DC-10 d'UTA (170 morts).
Dans des courriers datés du 11 et du 26 avril et transmis à la cour par son avocat, Claude Guéant, qui ne peut assister au procès pour raisons de santé, a raconté pour la première fois une version inédite d'un dîner officiel, le 25 juillet 2007, lors d'une visite à Tripoli au lendemain de la libération des infirmières bulgares par la Libye, négociée par les autorités françaises.
Claude Guéant affirme qu'à la fin de ce dîner, le chef de l'Etat, qui avait accédé deux mois plus tôt à la présidence, l'aurait mandé pour que Mouammar Kadhafi lui répète "la préoccupation qu'il venait de lui exprimer concernant Senoussi". "Claude, voyez cela", aurait intimé M. Sarkozy.
Emanant d'un chef d'Etat, cette demande prend "une autre dimension", fait valoir Claude Guéant qui se renseigne de nouveau, même s'il dit avoir su qu'il était impossible de donner satisfaction aux Libyens au sujet de Senoussi.
"Je confirme ce qu'affirme M. Guéant: jamais, ni lui ni moi, nous n'avons voulu faire quelque chose pour Senoussi" ou "n'avons donné le sentiment aux Libyens de vouloir faire quelque chose pour Senoussi", a martelé Nicolas Sarkozy devant la cour.
L'ancien chef de l'Etat a relevé qu'il avait publiquement pris position contre toute mesure d'amnistie ou de grâce de Senoussi durant la campagne présidentielle et que le sujet n'avait pas été évoqué dans le cadre des négociations pour la libération des infirmières bulgares, ou encore lors de la visite officielle de Mouammar Kadhafi en décembre 2007 à Paris.
"Je ne dis pas que M. Guéant ment", "sa mémoire a évolué", a-t-il poursuivi. "Pour des faits qui ont 19 ans, la mémoire de chacun peut évoluer", a-t-il ajouté.
Ils avaient tous deux fait appel de leurs condamnations à respectivement cinq et six ans de prison ferme, reconnus coupables d'association de malfaiteurs pour ce "pacte de corruption" avec la Libye de Kadhafi, qu'ils démentent tous les deux.
À ce procès, qui s'achèvera fin mai avant une décision en novembre, se joue pour Nicolas Sarkozy son honneur d'ancien président et sa liberté de citoyen, lui qui a déjà passé 20 jours derrière les barreaux après sa condamnation en première instance à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs.
Il avait été reconnu coupable d'avoir laissé Claude Guéant, 81 ans, et son ami Brice Hortefeux discuter d'un financement politique occulte auprès des autorités libyennes, ce que les trois hommes nient.
En échange, les Libyens auraient réclamé des contreparties diplomatiques, économiques mais aussi l'examen de la situation judiciaire du beau-frère du dictateur Mouammar Kadhafi et N.2 du régime, Abdallah Senoussi.
- "Coup au moral" -
Autre sujet, une réunion en Libye fin 2005, à laquelle auraient pris part son ami et ancien avocat, Thierry Herzog, et son confrère Francis Szpiner, sur l'examen juridique de la situation de Senoussi, selon divers éléments recueillis pendant l'enquête.
Après avoir affirmé n'en avoir rien su, Nicolas Sarkozy juge désormais crédible ce déplacement, au vu des éléments du dossier. Mais il assure ne pas en être à l'origine et a répété à l'audience que "personne ne l'avait informé de cette réunion". Sans évoquer cette réunion en Libye, Claude Guéant écrit que "Thierry Herzog a parlé au président du mandat qu'il avait reçu" sur ce sujet.
Cet épisode et le dîner de Tripoli, poursuit Claude Guéant, ont rendu "naturelle, et même incontournable" l'évocation de sa part de sa propre réunion occulte avec Senoussi, un tête-à-tête le 1er octobre 2005 dont il avait précédemment affirmé qu'il n'avait pas le souvenir d'en avoir informé Nicolas Sarkozy.
L'accusation est convaincue que l'acte I de ce "pacte de corruption" s'est joué lors de cette réunion, juste avant un voyage officiel de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur.
Au micro de France Inter, l'avocat de Claude Guéant, Me Philippe Bouchez El Ghozi, a affirmé que les déclarations de Nicolas Sarkozy sur son client "n'améliorent pas son état de santé" et qu'elles lui ont porté "plus qu'un coup au moral".
N.Esteves--PC