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En Irak, le tourisme religieux, pilier du secteur, frappé par la guerre régionale
A Najaf, ville sainte d'Irak, le majestueux sanctuaire de l'imam Ali est plongé dans un calme inhabituel: ses vastes cours, où se pressaient des pèlerins venus du monde entier, dont beaucoup d'Iran et du Liban, sont aujourd'hui désertées.
Dans les marchés voisins, commerçants et hôteliers trompent l'ennui. Les journées s'étirent dans l'attente de visiteurs pour relancer l'activité locale.
En temps normal, des millions de musulmans chiites du monde entier affluent chaque année vers les villes saintes de Najaf et Kerbala. Mais la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par une offensive américano-israélienne contre Téhéran le 28 février, a interrompu ce flux constant en provenance d'Iran, du Liban, du Golfe, d'Inde ou d'Afghanistan.
"Les Iraniens nous faisaient vivre, que l'on soit bijoutier, marchand de tissus ou chauffeur de taxi. Aujourd'hui, il n'y en a plus", déplore Abdelrahim Harmouch, propriétaire d'une bijouterie à Najaf.
"Avant, il était difficile ne serait-ce que d'entrer sur le marché, tant il y avait d'étrangers, d'Iraniens. Même les vendeurs ambulants attiraient d'immenses foules", ajoute cet homme de 71 ans.
Happé dans le conflit régional, l'Irak a fermé son espace aérien traversé par des missiles et avions de guerre à son déclenchement, tandis que des frappes ont visé des intérêts américains et des groupes armés pro-iraniens dans le pays.
Depuis 38 ans, M. Harmouch tient boutique dans le vieux marché couvert, à quelques dizaines de mètres du mausolée au dôme doré, lieu de sépulture d'Ali, gendre du prophète Mahomet, quatrième calife de l'islam et premier imam chiite.
Dans les villes saintes, "on vit du tourisme religieux", rappelle-t-il, avertissant que si la crise se prolonge, c'est toute la population qui risque la faillite: commerçants incapables de payer leurs loyers, chauffeurs de taxi sans clients, ouvriers peinant à trouver du travail.
- Hôtels fermés -
Abou Ali, hôtelier de 52 ans, a dû se résoudre à licencier cinq de ses employés. Il n'en garde plus qu'un seul pour entretenir ses 70 chambres vides: "comment payer les salaires s'il n'y a pas de travail?"
Selon Saeb Abou Ghneim, président de l'association des hôteliers de Najaf, 80% des 250 établissements de la ville ont déjà fermé leurs portes, laissant plus de 2.000 salariés sur le carreau ou en congé sans solde.
Il s'agit d'un deuxième choc majeur pour le secteur après la pandémie de Covid-19.
Dans un pays marqué par des décennies de chaos, le pèlerinage constitue quasiment l'unique forme de tourisme et demeure le pilier de l'économie irakienne hors pétrole.
Avant la guerre, Moustafa al-Haboubi, 28 ans, gérait sans interruption les foules venues changer leurs devises.
Désormais, comme ses confrères, il tue le temps sur son téléphone ou discute avec ses voisins.
"Nous recevons à peine un ou deux clients", souffle-t-il. "Il n'y a plus de pèlerins, ni Iraniens ni autres."
Même l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril et la réouverture du ciel n'ont pas ramené la foule. En semaine, les pèlerins sont rares, seul le week-end voit le sanctuaire s'animer un peu grâce aux familles irakiennes.
- "Catastrophe" -
Le constat est le même à Kerbala, à 80 kilomètres plus au nord, où se dressent les sanctuaires des petits-fils du Prophète, les imams Hussein et Abbas. La large esplanade reliant les deux dômes dorés et les ruelles adjacentes, qui résonnaient de la ferveur des fidèles, ne sont plus fréquentées que par des locaux.
"La situation est dangereuse (...) c'est une catastrophe", lâche Israa al-Nasrawi, responsable du comité du tourisme.
Selon elle, la guerre a terrassé l'économie locale, faisant chuter d'environ 95% le nombre de visiteurs et contraignant des centaines d'hôtels à fermer.
La ville est jalonnée d'agences de tourisme, mais leurs activités sont à l'arrêt.
Akram Radi indique que son entreprise ne fonctionne plus qu'à 10% de sa capacité, après avoir accueilli jusqu'à 1.000 visiteurs par mois. Après 16 ans passés dans ce secteur, il redoute de devoir mettre la clé sous la porte.
G.M.Castelo--PC