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En Provence, un château millénaire transformé en parc d'attractions sème la discorde
Perché sur son éperon rocheux, le château millénaire de La Barben (Bouches-du-Rhône), transformé en parc d’attractions, est au cœur d'un litige entre son propriétaire, proche de Vincent Bolloré, et la municipalité sur fond d'infractions au code de l'urbanisme et de relecture jugée conservatrice de l'histoire provençale.
Le contentieux entre le maire de La Barben, paisible village de 800 âmes situé à 50 km de Marseille, et Vianney d'Alançon, promoteur du parc à thèmes s'est déporté devant les tribunaux. La décision de la cour d'appel d'Aix-en-Provence, attendue mercredi, pourrait sceller l'avenir du site.
En attendant, le parc baptisé Rocher Mistral a rouvert début avril pour sa cinquième saison.
Pour une vingtaine d'euros, il propose une déambulation immersive mêlant effets spéciaux et jeux d'eau dans le château-fort et ses jardins à la française.
"Le Rocher Mistral est un parc culturel qui célèbre la Provence", explique à l'AFP son directeur Paulin Reynard. Le lieu met en scène des pans de l'histoire locale: les aventures de Claude Forbin, noble et corsaire au service de Louis XIV, la révolte paysanne des Cascaveous qui secoua Aix-en-Provence au XVIIe siècle, ou encore l'épopée des moines bâtisseurs de l'abbaye Saint-Victor de Marseille.
Mais ces aménagements, réalisés dans un monument classé, ont provoqué l'ire de la municipalité, de l'association France Nature Environnement et des anciens propriétaires.
"Tout a été fait sans autorisation et aujourd’hui la justice les rattrape", tranche le maire de La Barben, Franck Santos, partie civile dans le dossier.
Sans étiquette politique, l'édile a refusé toutes les autorisations de travaux, estimant que le projet ne respectait pas les règles d'urbanisme, de sécurité et de protection de l'environnement.
La préfecture des Bouches-du-Rhône a confirmé à l'AFP que des "travaux infractionnels dégradant le monument et ses abords" ont été constatés par la direction régionale des affaires culturelles (DRAC) dès 2021.
Sur le volet environnemental, le Conseil national de la protection de la nature a émis un avis défavorable, notamment en raison de l'impact du projet sur des espèces protégées, dont des chauves-souris.
Certains détracteurs dénoncent aussi une vision partiale, voire orientée, de l'histoire régionale.
"Les historiens disent que la culture et les histoires qui sont racontées dans le château ne correspondent pas forcément à ce qui devrait être fait par rapport à l'histoire et la culture provençales. Libre à eux", déclare le maire, peu enclin à s'attarder sur ce sujet.
- château vandalisé -
Avec le Rocher Mistral, Vianney d'Alançon affirme vouloir "protéger et défendre le patrimoine matériel et immatériel".
Cet entrepreneur de 40 ans, qui a fait fortune avec la marque de bijouterie religieuse Laudate, s’est reconverti dans la restauration de sites historiques et les spectacles immersifs. Avant La Barben, il avait déjà transformé le château de Saint-Vidal, en Haute-Loire.
Il est également à la tête de l'École supérieure de journalisme (ESJ) de Paris, rachetée notamment par des milliardaires conservateurs dont Vincent Bolloré et le groupe Dassault.
Une proximité idéologique que Paulin Reynard balaie d'un revers de main: "Aujourd'hui, en France, lorsque l'on parle de culture régionale, on est étiqueté. C'est une erreur de vouloir politiser le projet."
En 2025, les deux châteaux ont été la cible de dégradations, parmi lesquelles une inscription "Ni facho, ni catho, ni château" — que leur propriétaire a imputée à l'"ultragauche".
Sur le plan judiciaire, en première instance la société Rocher Mistral et son propriétaire ont été condamnés en 2024 à une amende de 80.000 euros pour diverse infractions au code de l'urbanisme, assortie d'une obligation de remise en état du site et de la démolition de plusieurs ouvrages.
Le directeur assure que "99,5 %" des infractions ont depuis été réglées, et réfute toute velléité de créer un "Puy-du-Fou provençal".
Le maire espère que la procédure d’appel poussera les deux camps à "se remettre autour de la table" afin de redéfinir un projet qu'il juge porteur pour l’économie locale.
Sur place, les visiteurs semblent séduits. "Je ne me souviens pas que beaucoup de personnes se précipitaient pour visiter le château lorsqu'il était un amas de vieilles pierres dans lequel il pleuvait", souligne Jean-Marc Vincenti, retraité aixois venu avec ses petits-enfants.
Il reconnaît que les faits sont "romancés", mais estime que "l'essentiel est de faire vivre le château".
N.Esteves--PC