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Hanoï fait le ménage sur ses trottoirs
Les trottoirs de Hanoï grouillent de vendeurs de rue, de scooters ou de clients mangeant assis sur des tabourets en plastique, mais la capitale vietnamienne veut désormais y faire le ménage, menaçant cette culture de rue appréciée des touristes.
Si la vente à la sauvette a longtemps été tolérée de manière informelle, les amendes sont à présent appliquées et la municipalité envisage de les doubler.
"Sans vendeurs de rue, Hanoï n'est plus Hanoï. C'est une tradition", estime Nguyen Thi Hoan, 58 ans, qui vendait auparavant des fleurs au pied d'un grand immeuble du centre-ville.
Après avoir travaillé pendant dix ans sur la même dalle de béton, elle a été reléguée, avec des vendeurs de fruits et légumes, sur un terrain vague moins fréquenté.
Son chiffre d'affaires a été divisé par deux et la quinquagénaire dit ne pas savoir "quoi faire d'autre pour joindre les deux bouts".
Nourriture, mais aussi ballons de baudruche, mécaniciens ou coiffeurs: on pouvait généralement trouver un peu de tout sur les trottoirs animés de Hanoï.
La capitale vietnamienne a attiré ces dernières années un nombre record de touristes et beaucoup aiment s'asseoir dehors pour déguster la cuisine de rue, arrosée de la bière locale bia hoi.
"Petits tabourets en plastique, nouilles bon marché mais délicieuses, bière fraîche de Hanoï", résumait l'ancien président américain Barack Obama se remémorant un repas partagé en 2016 avec le chef cuisinier et animateur Anthony Bourdain pour une émission sur CNN.
Les deux hommes avaient mangé leur bun cha (spécialité à base de porc) à l'intérieur d'un restaurant. Mais l'épisode était une véritable déclaration d'amour aux trottoirs de Hanoï, où l'on peut tout trouver, des cours de zumba en plein air jusqu'aux chariots fumants des vendeurs de soupe.
- Ordre et propreté -
Cette activité foisonnante a toujours eu ses inconvénients: embouteillages, nuisances sonores, problèmes de sécurité et d'hygiène... qui ne seraient plus en adéquation avec le développement prôné dans tout le pays par les dirigeants communistes.
La municipalité de Hanoï veut apporter ordre et propreté à cette ville de huit millions d'habitants en pleine transformation.
Elle avait déjà mené des campagnes épisodiques pour faire de la place sur les trottoirs, mais les efforts se sont cette fois intensifiés, avec l'installation de près de 2.000 caméras de surveillance pour repérer les contrevenants.
Les vendeurs à la sauvette encourent 250.000 dongs (8 euros) d'amende et jusqu'à 6 millions (200 euros) pour ceux bloquant la circulation des piétons.
Selon les médias d'Etat, la police a infligé depuis décembre plus de 3.000 amendes, qu'un nouveau plan prévoit de doubler, tout en envisageant de permettre aux vendeurs de louer des espaces autorisés sur les trottoirs.
Employé d'une société de marketing du centre-ville, Le Trung Chien dit soutenir "totalement les efforts de la municipalité pour faire le ménage sur les trottoirs".
"Je n'aime pas que ma ville soit en désordre, comme elle l'a toujours été", explique-t-il, fatigué des vendeurs ambulants et des scooters qui l'obligent parfois à marcher sur la route pour rejoindre son arrêt de bus.
Pour Tran Trung Van, gérant d'un café, cela signifie en revanche devoir entasser davantage de clients à l'intérieur et refuser ceux qui préfèrent fumer dehors.
"Un tiers de mes clients veulent s'asseoir sur le trottoir, surtout les jours frais, le matin ou le soir", jauge-t-il, affirmant avoir perdu une partie de sa clientèle.
Dinh Tung, un employé de bureau, regrette lui les moments passés avec ses collègues à des tables débordant sur la rue.
"J'espère que les choses reviendront bientôt à la normale", témoigne-t-il. "Hanoï n'est Hanoï que si l'on peut boire un thé glacé sur le trottoir".
B.Godinho--PC