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Accusée d'être une "propagandiste" du Kremlin, la chroniqueuse russe Xenia Fedorova visée par un arrêté d'expulsion
Accusée d'être "un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" pour "déstabiliser l'ordre public" en France, la chroniqueuse pro-russe Xenia Fedorova s'est vu remettre mercredi un arrêté ministériel d'expulsion, une décision qu'elle va contester.
Ses employeurs Canal+ et Lagardère ont dénoncé dans un communiqué "une atteinte particulièrement grave à la liberté d'expression".
"Xenia Fedorova est une journaliste", a également appuyé son avocat, Me Emmanuel Piwnica. Elle va "immédiatement former un recours" contre l'arrêté d'expulsion, a-t-il annoncé à l'AFP.
Depuis la notification de ce document, Xenia Federova est assignée à résidence et doit pointer chaque jour au commissariat, a précisé à l'AFP une source proche du dossier. Elle ne peut donc plus travailler normalement.
Ancienne patronne de la chaîne russe RT en France, interdite dans l'UE depuis mars 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie, Xenia Fedorova défend régulièrement les positions du Kremlin dans les médias dans le giron de Vincent Bolloré.
Elle intervient notamment sur CNews et Europe 1 et signe une chronique dans l'hebdomadaire le JDNews.
La chroniqueuse s'est vu remettre mercredi un arrêté ministériel d'expulsion, a indiqué à l'AFP la place Beauvau, confirmant une information de Libération.
- "Intérêts fondamentaux" -
"Son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État", et sa présence sur le territoire français "constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l'ordre public", selon le quotidien, qui cite l'arrêté ministériel.
"En déployant ses narratifs", la chroniqueuse "s'inscrit comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes" dans le but "de déstabiliser l'ordre public" en France, est-il ajouté.
Elle "contribue à la diffusion d'un discours de désinformation et de déstabilisation", "visant à manipuler l'opinion publique", "à saper la confiance des citoyens européens et en particulier des citoyens français en leurs institutions", selon l'arrêté ministériel cité par Libération.
Selon la source proche, elle a été interdite de territoire en Allemagne, où elle a vécu.
Une vive polémique avait été déclenchée fin mai après la révélation de la prolongation en 2024 pour dix ans du titre de séjour de la Russe âgée de 45 ans et un article du Monde qui lui prêtait une influence grandissante sur le milliardaire conservateur.
"Il y a des titres qui sont renouvelés de plein droit pour des étrangers qui sont en situation régulière depuis plusieurs années et qui remplissent des conditions. Il s'en délivre tous les jours", avait alors expliqué le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, assurant qu'il n'y avait eu aucune "intervention" du gouvernement.
- "Propagandiste" du Kremlin -
Le gouvernement français et le président Emmanuel Macron ont qualifié Xenia Fedorova de "propagandiste" du Kremlin. Des eurodéputés du groupe centriste Renew ont demandé à l'Union européenne de prendre des sanctions à son égard, la décrivant comme une "propagandiste russe notoire", coupable, selon eux, de la diffusion de "narratifs grossièrement manipulatoires sur la guerre en Ukraine et à l'égard de l'UE".
Ses interventions publiques sont marquées par des thèses récurrentes: selon elle, "c'est l'Occident qui a décidé de prolonger" la guerre en Ukraine et l'Europe est tentée d'"aller en guerre contre la Russie".
Certains propos tenus sur CNews ont motivé plusieurs saisines de l'Arcom, en cours d'examen.
Sa place grandissante dans les médias de la sphère Bolloré ont fait naître des craintes de manipulation du débat public, notamment lors de la campagne pour l'élection présidentielle en 2027.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait estimé à cet égard qu'il y aurait "un combat politique à mener" qui risque de gagner en "intensité", mais il a distingué la "propagande" de cette chroniqueuse pro russe de l'ingérence.
Il a évoqué toutefois une "ligne rouge" à la prolongation de son titre de séjour, qui est de ne pas "porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation", et souhaité qu'une "contradiction" puisse lui être apportée quand elle s'exprime publiquement.
La chroniqueuse a pu compter sur le soutien des dirigeants de la galaxie Bolloré, qui ont invoqué la liberté d'expression et le pluralisme des opinions.
Le président du directoire du groupe Canal+, Maxime Saada, avait estimé que sa présence sur CNews était un enjeu de "liberté d'expression", rejetant l'expression d'"agent russe". "Journaliste oui, agent non", avait-il répondu, interrogé par un actionnaire lors de l'assemblée générale du groupe fin mai.
bur-cco-reb-mk/asl/mpm
X.M.Francisco--PC