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Après la canicule, la France organise la renaissance de ses ponts
Qui n'a pas un pont dans son village? dans sa ville? Depuis l'effondrement du pont Morandi en Italie en 2018, leur état préoccupe les autorités. Le gouvernement vient de sécuriser des fonds pour rénover ceux qui se fissurent, sous l'effet des aléas climatiques notamment.
Un rapport du Sénat datant de 2019 estime leur nombre entre 200.000 et 250.000 en France, soit "environ un tous les 5 kilomètres", dont 90% sont gérés par les collectivités et seulement 10% par l'Etat.
Certains sont plus célèbres que d'autres. Ils relient les hommes et les villes. Certains appartiennent au patrimoine historique, d'autres sont presque invisibles, d'usage courant.
Les plus récents et les plus audacieux sont suspendus par des câbles et soutenus par des pylônes de béton, comme le pont de Normandie ou le viaduc de Millau.
Les plus vieux, patrimoine de villages ou de métropoles, datent du Moyen-Age. Paris et Toulouse ont chacune leur "Pont Neuf", construits au XVIe et XVIIe siècles.
- "Alarmant" -
Le Sénat avait sonné l'alarme en 2019 après l'accident du pont Morandi à Gênes - dans le nord de l'Italie -, jugeant dans un rapport l'état des ponts français "alarmant", d'autant que leur vieillissement s'accélère avec le réchauffement climatique.
Les sénateurs estimait alors à 25.000 le nombre de ponts en mauvais état structurel, posant des problèmes de sécurité et de disponibilité pour les usagers.
Il estimait que cinq ponts par département en moyenne étaient à reconstruire, et demandait le lancement d'un "plan Marshall" dédié, de 250 millions d'euros par an pendant dix ans pour aider les collectivités à faire face.
Depuis, un crédit de 110 millions d'euros a été voté une seule fois en 2021, au titre d'un "programme national ponts" piloté par le Cerema, l'établissement public qui conseille et propose des solutions aux collectivités pour mettre en oeuvre leurs projets d'aménagement du territoire et de résilience face au réchauffement climatique.
- "SOS Ponts" -
Ce budget a permis de lancer un service "SOS Ponts" d'accompagnement pour l'entretien des ponts communaux.
Il a surtout permis de recenser et évaluer plus de 64.000 ouvrages (41.300 ponts et 22.700 murs de soutènement), réparer et reconstruire environ 400 ouvrages qui ont bénéficié d'une subvention, a précisé vendredi le ministère des Transports.
Mais l'enveloppe, dont les deux premières bénéficiaires ont été le Grand Est et l'Occitanie, "touche à sa fin", a indiqué le ministère.
Celui-ci a annoncé vendredi la mise en place d'une enveloppe "pérenne" de 50 millions d'euros par an, à la suite de la parution au Journal officiel d'une ordonnance le 27 juillet portant "divers ajustements du code des impositions", qui permet cette mesure.
Le montant annuel est modeste. Le ministre des Transports Philippe Tabarot espère néanmoins que l'enveloppe permettra d'inscrire "l'action sur le long terme" et de "sortir d'une logique de financement ponctuel", pour "réparer, reconstruire les ouvrages les plus dégradés", même par temps de disette budgétaire.
Car une ligne sera désormais sanctuarisée chaque année dans le budget transports - via l'Agence de financement des infrastructures de transport de France, AFITF -, explique-t-on au ministère. "D'ici à 2035, ce sont 600 millions qui seront consacrés à la sécurité des ponts communaux."
Déjà, une centaine de dossiers de demandes de mairies ou de collectivités ont reçu un avis favorable du Cerema.
Un exemple de ce qui a pu être fait avec la première enveloppe, dans la commune de Tarnac en Corrèze: le recensement du Cerema y avait identifié trois ponts en 2022, dont l'un présentait des "défauts structurels majeurs".
En 2024, la commune a déposé une demande de subvention de 199.000 euros, soit 60% du coût des travaux, qui lui a été accordée. La subvention a été complétée par une dotation d'équipement des territoires ruraux (DETR), a expliqué le Cerema. La commune a engagé finalement les travaux en 2025, c'est la renaissance d'un pont.
J.Pereira--PC