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Au Porge, la quête d'un "juste dédommagement" pour les sinistrés du mégafeu
Après le choc d'avoir perdu leur maison, leur restaurant ou l'exploitation de leur commerce au pic de la saison estivale, les sinistrés du mégafeu en Gironde font face aujourd'hui à un combat d'une autre nature: "être justement dédommagés par les assurances".
"Là, ils sont gentils, ils répondent à nos questions... Mais dans six mois, quand la pression médiatique sera retombée, est-ce qu'ils ne nous ressortiront pas un petit alinéa qu'on n'avait pas vu?", poursuit Yves Brugieregarde, un ancien militaire à la retraite, qui a perdu sa maison au Porge.
Dans cette commune de 3.500 habitants, 183 habitations ont brûlé - sur les 240 au total - dans l'immense incendie fin juillet qui a parcouru 42.000 hectares et entraîné l'évacuation de 220.000 personnes.
Devant un terrain carbonisé, des murets noircis par les flammes sont tout ce qu'il reste de la maison achetée avec sa compagne en 2012.
"Tout a brûlé, c'est le néant. Ah si, cette chaise verte en bois et ce parasol, miraculeusement épargnés", sourit-il. Des boules de pétanque ont tellement chauffé qu'elles sont devenues ovales.
Un expert de son assurance est déjà passé, mais M. Brugieregarde refuse de signer le constat, qu'il juge "décalé avec la réalité" et envisage de recourir à un expert indépendant, "même si ça nous coûterait très, très cher".
- "Coefficient de vétusté" -
L'enjeu est de taille. "Être dédommagé correctement de façon à pouvoir reconstruire notre maison à l'identique et couvrir toutes nos pertes matérielles".
Cet artiste sculpteur à ses heures perdues regrette de ne pas avoir pris des photos de sa maison et surtout de ne pas avoir fait réévaluer la valeur de ses biens au fil des ans.
"On nous oppose un +coefficient de vétusté", qui fait perdre de la valeur à nos biens. On a le sentiment que nos vies ne valent rien", souffle-t-il, atterré.
Pour écarter ce sentiment, la Macif a déployé un bus sur la place centrale du Porge, afin de "court-circuiter la distance du téléphone ou d'une page web". Pendant deux jours, du personnel est présent pour "répondre à toutes les questions de nos sociétaires mais aussi effectuer des remboursements rapides sur présentation de factures", explique Marie-Ghislaine Lacapère, mandataire pour la Nouvelle-Aquitaine.
D'autres assurances sont également présentes et France Assureurs tient une permanence depuis le retour, le 3 août, des habitants.
"C'est un sinistre particulier, d'une ampleur quasi inégalée, qui pose plusieurs difficultés", explique Guillaume Cadier, expert spécialisé "sinistres majeurs" dans une société intervenant pour le compte des compagnies d'assurance.
- "Forcer le bras" -
Il cite notamment des "bâtiments complètement fracassés", mais aussi une "quantité énorme de dossiers à traiter en même temps".
"Une des premières questions qu'on nous pose c'est: +Quand il n'y a plus rien, comment on fait?+ Eh bien, on écoute d'abord la personne sinistrée. C'est elle qui connaît le mieux sa maison et pourra nous permettre de reconstituer ce qu'était le bien", relate-t-il.
Il y a aussi les observations de l'expert sur place, les plans du bâtiment pouvant être récupérés ailleurs, ce qui avait été déclaré à l'assurance, etc...
Il faudra ensuite de longues semaines ou mois pour établir le chiffrage précis, attendu par les sinistrés pour se projeter.
Mais cet incendie hors normes provoque aussi des situations plus compliquées à appréhender.
Le véhicule de Béatrice, resté au Porge pendant les incendies, "toussote". Elle souhaiterait changer le filtre à particules, mais son "assurance n'a pas forcément de réponse" et parle "d'une franchise de 300 euros". "Vraiment? Aucun geste commercial pour les habitants du Porge?", dit-elle, remontée.
Les restaurateurs espèrent aussi faire reconnaître une "perte d'exploitation sans dégâts", alors qu'ils ont dû fermer pendant une dizaine de jours, en plein mois de juillet.
"Premier coup de fil, on me dit +Pas de problème+. Deuxième coup de fil, on commence à me parler de tout un tas de documents à fournir, de distance kilométrique avec l'incendie. Je sens qu'ils sont en train de se dérober", déplore Julien Picot, patron d'une brasserie au Porge-Océan.
Tous espèrent que le gouvernement, attendu en nombre lundi au Porge, "forcera un peu la main aux assurances", face au plus important incendie en France depuis 1949.
N.Esteves--PC