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Le protoxyde d'azote, "une consommation sociale" chez les jeunes
Melina, 21 ans, a découvert le "proto" en soirée électro; Héloïse, à 18 ans, en soirée de médecine. Le protoxyde d'azote - ou gaz hilarant - est aujourd'hui consommé dans un cadre festif et social par de nombreux jeunes qui en sous-estiment souvent les risques pour eux-mêmes.
"J'ai toujours le sentiment que je gère le truc", dit Melina (prénom modifié), étudiante en pharmacie qui a découvert le produit en septembre 2021 et assure ne jamais en consommer plus de dix cartouches en une soirée et espacer ses prises.
Cependant, elle-même raconte à l'AFP avoir secouru un jour l'une de ses amies, "complètement révulsée", alors qu'elles venaient toutes deux d'inhaler du "proto": "J'ai dû la forcer à ouvrir la bouche pour qu'elle vomisse parce qu'elle s'étouffait à moitié".
Utilisé comme analgésique en médecine et dans les siphons de cuisine, ce gaz est également prisé pour ses effets psychoactifs courts - de l'ordre de trois à quatre minutes -, lorsqu'il est inhalé, le plus souvent via des ballons de baudruche gonflés par des capsules ou des bonbonnes.
"On en voit de plus en plus en consultation", explique à l'AFP Hélène Donadieu Rigole, cheffe du service addictologie au CHU de Montpellier, qui suit des jeunes à partir de 11 ans pour différentes formes d'addictions.
En 2021, 5,5 % des élèves de classe de 3e disent avoir déjà consommé du "proto", les garçons deux fois plus souvent que les filles, selon l'enquête EnCLASS de l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), qui montre des chiffres largement supérieurs pour l'alcool, le tabac ou le cannabis.
"Chez les étudiants, plus âgés, il est fréquent de retrouver du proto en soirée. Il y a le plus souvent un usage récréatif, et malheureusement chez certaines personnes un usage problématique avec des conséquences médicales et psychologiques", ajoute l'addictologue.
La consommation de protoxyde d'azote présente des risques comme l'asphyxie, la perte de connaissance, des brûlures mais aussi, en cas d'usage répété et/ou à fortes doses, de sévères troubles neurologiques, hématologiques, psychiatriques et cardiaques, avertit la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.
Une loi de mai 2021 interdit, certes, la vente de protoxyde d'azote aux mineurs et sa commercialisation dans les débits de boissons et tabac. Dans les faits, la répression reste faible et le "proto" s'achète en grande quantité et à bas coût sur des sites de revente et des comptes Snapchat - aux pseudos suivis d'un émoticône de ballon rouge - qui proposent des livraisons à domicile même de nuit.
- L'influence des amis et réseaux -
Sur les réseaux sociaux, les ballons s'affichent dans les "stories" Instagram des amis, ou à la bouche d'influenceurs, de footballeurs ou de rappeurs.
Or en ligne comme en soirée, "les pairs jouent un rôle central dans l'émergence et l'entretien de [la] curiosité" d'expérimenter le produit, car "ils décrivent positivement les effets du gaz au novice et insistent sur son caractère supposément inoffensif en cas d'appréhension", constate l'OFDT, dans un rapport consacré au protoxyde d'azote en août.
"Quand j'ai vu ma meilleure amie en prendre, elle qui ne boit pas et n'est pas du genre à faire des bêtises, je me suis dit : +si elle peut tester, moi ça va rien me faire non plus+", confie Héloïse (prénom modifié), tout juste majeure lorsqu'elle a commencé à prendre régulièrement du "proto" avec d'autres étudiants en médecine.
"J'ai arrêté parce que je trouvais que c'était un peu trop une consommation sociale", déclare l'étudiante.
Mais en conseillant sur les gestes à adopter pour minimiser les risques (s'assoir, ne pas associer les substances...), "les pairs jouent aussi un rôle de régulation, de surveillance", tempère Clément Gérome, coordinateur national du dispositif Tendances récentes et nouvelles drogues (TREND) à l'OFDT.
Pour le chargé d'études, "la question des vulnérabilités est centrale pour expliquer qu'on sorte du cadre festif et qu'on tombe dans des consommations problématiques". Il cite la précarité économique, les problèmes familiaux, l'échec scolaire, comme facteurs de cette vulnérabilité.
Selon lui, certains jeunes qui consomment dans un cadre festif ne se sentent pas concernés par des consommations massives de plusieurs dizaines de cartouches par prise.
D'où l'intérêt, explique le chercheur, de mettre en place "des campagnes de prévention adaptées" aux différents types de consommateurs.
L.Torres--PC