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Le changement climatique met l'assurance à rude épreuve
"Pour l'instant, ça tient." Cette phrase prononcée par le directeur financier d'Axa auprès de l'AFP résume l'ambivalence du secteur, réuni jusqu'à mercredi à Monaco pour discuter tarifs, quant à sa capacité à affronter le dérèglement climatique.
Cette année, la France devrait connaître sa pire année sur le front des événements climatiques depuis les tempêtes de 1999, avec 4,3 milliards de dollars de dommages entre janvier et juillet, soit déjà plus que la moyenne annuelle de 3,5 milliards entre 2017 et 2021.
"Ce n'est pas un problème seulement pour la France", précise à l'AFP Robert Mazzuoli, analyste pour l'agence de notation Fitch, citant "l'Australie qui a connu beaucoup d'inondations" et "un niveau record" de sinistres.
"On pourrait aussi citer les inondations en Afrique du Sud et la sécheresse au Brésil", complète son collègue Manuel Arrive.
Pris individuellement, ces périls dits "secondaires" n'engendrent pas de dégâts massifs mais c'est leur multiplication, plus que celles des grosses catastrophes, qui inquiète.
Selon le réassureur Swiss Re, dont le métier consiste à assurer les assureurs, les catastrophes naturelles ont engendré 72 milliards de dollars de pertes économiques au premier semestre, dont 35 milliards pour les assureurs et réassureurs.
C'est certes un peu moins que les 40 milliards du premier semestre 2021, le plus couteux depuis 2011 et les tremblements de terre au Japon et en Nouvelle-Zélande, mais la tendance n'est pas bonne.
Le changement climatique, en n'épargnant aucune zone, oblige les réassureurs à indemniser dans toutes les régions en une même année, ce qui pèse sur leur rentabilité, a récemment souligné l'Association des professionnels de la réassurance en France (Apref), qui s'inquiète d'une hausse continue du nombre de catastrophes.
- Catastrophes... ou opportunités? -
Selon France Assureurs, la facture des sinistres climatiques en France sur la période 2020-2050 pourrait doubler par rapport aux 30 années précédentes et atteindre 143 milliards d'euros.
Face à cette augmentation, qui ne se cantonnera pas à la France, certains réassureurs, comme Axa XL, diminuent leur exposition, jugeant que les primes payées restent insuffisantes malgré de récentes augmentations.
D'autres, au contraire, y voient "des opportunités commerciales", comme l'a exprimé le mois dernier Joachim Wenning, président du directoire de Munich Re. Selon lui, le premier réassureur mondial "est dans une position extrêmement solide pour gérer les risques liés au climat" avec une "expertise" et une "capacité à diversifier les risques", "très demandées et récompensées de manière attrayante".
Depuis plusieurs années, les tarifs des réassureurs augmentent, incitant les assureurs à répercuter cette hausse sur les clients, et la tendance va se poursuivre, selon les observateurs du secteur.
Certaines voix plaident pour que la taxe qui finance le régime "Catastrophes naturelles" en France soit relevée de 12% à 18% afin d'assurer sa pérennité.
Mais cette proposition agace Bertrand Labilloy, directeur général du réassureur public CCR. "On ne va pas se contenter de subir les catastrophes et payer. Parce que ce ne sont pas que des dégâts matériels mais aussi des vies humaines", défend-il.
Aussi insiste-t-il sur la prévention.
Un avis partagé par Alban Mailly de Nesle, qui cite le cas de Fukushima: "le mur de protection de la centrale (nucléaire) aurait été 50 centimètres plus élevé, on n'aurait pas eu le problème qu'on a eu".
- "Mesurer la hauteur du Rhin" -
Autre exemple: grâce à la prévention, l'ouragan Ida en 2021 a coûté quatre fois moins cher aux assureurs que les ravages de Katrina, survenus 16 ans plus tôt, malgré une intensité équivalente.
Les critères d'indemnisation en cas de catastrophes naturelles pourraient être revus: la fédération évoque notamment l'idée d'exclure les dommages purement esthétiques sur les bâtiments en cas de sécheresse.
Afin de mieux couvrir les bouleversements climatiques, l'assurance paramétrique, qui indemnise lorsque certaines conditions prédéfinies sont remplies, et non pas selon les dégâts constatés, se développe également.
Par exemple, des manufacturiers allemands dépendant du Rhin pour transporter leurs marchandises peuvent voir leur activité interrompue en cas de sécheresse. Ces derniers "n'ont pas de solution avec l'assurance classique, qui ne va pas envoyer un expert pour mesurer la hauteur du Rhin à Cologne", explique Antoine Denoix, directeur général d'Axa Climate, filiale du groupe d'assurance dédiée à l'adaptation climatique et présente dans une quarantaine de pays.
Tandis qu'avec l'assurance paramétrique, il y a "un déclenchement de paiement" lorsque le niveau de l'eau descend en dessous d'un certain seuil mesuré par des capteurs.
L'avantage: c'est moins cher pour l'assureur, qui n'envoie personne sur le terrain, et l'assuré est couvert contre un risque auparavant non pris en charge - même si l'indemnisation ne correspond pas précisément au dommage subi.
L.Mesquita--PC