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Climat: le moustique tigre pourrait se répandre dans presque tout l'Hexagone d'ici un demi-siècle
Sous l’effet du réchauffement climatique, le moustique tigre devrait se répandre dans quasiment toute la France hexagonale d’ici 2085, zones montagneuses exceptées, et le risque de transmission autochtone de dengue pourrait concerner une part significative du territoire, selon une étude publiée lundi.
Pour ce travail inédit concernant la France, des chercheurs de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), du Cirad et de l'Abdus Salam International Centre for Theoretical Physics ont fait une modélisation, avec une haute résolution spatiale (environ 8 km), de l'impact du réchauffement climatique et des dynamiques démographiques sur l’expansion du moustique tigre et le risque de transmission de la dengue de 2025 à 2085.
A partir d'un modèle combinant des données climatiques, démographiques et épidémiologiques, ils ont notamment établi deux scénarios prospectifs: l'un de "forte pression" (émissions élevées de gaz à effet de serre, forte croissance démographique), l'autre de "pression médiane" (émissions médianes de gaz à effet de serre, stagnation démographique).
"D’ici 2085, dans le scénario de forte pression, la majeure partie de la France métropolitaine (89% à 96%) présenterait des conditions climatiques propices à l’implantation d’Aedes albopictus (nom scientifique du moustique tigre, NDLR), massifs montagneux exceptés", estiment les auteurs de l'étude parue dans Global Change Biology.
Et la transmission autochtone de la dengue serait théoriquement possible dans toutes les zones colonisées par ce moustique, hormis les plaines du nord de l'Hexagone, soit 71% à 95% de la métropole.
Dans le scénario moins pessimiste, entre 49% et 89% du territoire serait soumis à des conditions climatiques favorables à son implantation et le risque de transmission autochtone de la dengue varierait entre 31% à 82%, notent les scientifiques.
Par sa palette de climats (méditerranéen, océanique, continental et alpin), qui en fait un pont entre le sud chaud et le nord froid de l’Europe, et par ses échanges avec ses territoires d'Outre-mer, qui exposent à un nombre conséquent de cas de dengue importés, la France métropolitaine constitue "un cas d’étude particulièrement intéressant", selon les chercheurs.
- Zones périurbaines et rurales plus vulnérables-
La saison de propagation du moustique tigre s'allongerait progressivement en métropole, débutant plus tôt au printemps et se prolongeant davantage en automne. Les chercheurs estiment même que, dans certaines zones des côtes méditerranéennes et basques, ce vecteur de virus pourrait devenir actif toute l’année.
Les simulations montrent que les zones périurbaines et rurales seraient plus vulnérables à leur transmission que les grandes villes, quand bien même celles-ci hébergent plus de moustiques. Car, hors des villes, "chaque moustique y pique un plus petit nombre de personnes de façon répétée, augmentant le potentiel de propagation", selon un communiqué de l'IRD.
Les scientifiques se sont concentrés sur le moustique Aedes albopictus car cette espèce est déjà implantée en Europe et fait l'objet de nombreuses données locales, exposent-ils dans l'étude. Et sur la dengue plutôt que sur le chikungunya et Zika, d'autres virus transmis par cet insecte, car c'est l'arbovirose la plus répandue au monde et car il y a des cas locaux en France chaque année depuis 2010.
Un autre moustique, Aedes aegypti, est un vecteur encore plus efficace pour transmettre la dengue, notent les chercheurs, et l’expansion actuelle de son périmètre nécessite une surveillance étroite car son implantation constituerait un risque majeur pour la santé publique.
Si plusieurs facteurs ont contribué à la propagation rapide du moustique tigre dans l'Hexagone depuis son arrivée en 2004, l'étude estime que la quasi totalité des futurs changements dans l'aire de répartition du moustique et dans le risque de transmission de dengue seront attribuables au changement climatique.
Face à la probabilité d'épidémies d’arbovirus de plus en plus fréquentes et étendues, ils font plusieurs préconisations, comme s'inspirer "des mesures de lutte intégrées mises en œuvre dans les pays tropicaux où le virus est endémique, lesquelles comprennent également des mesures de prévention de grande envergure".
"L’avenir des maladies dites tropicales dépend en fin de compte des politiques climatiques d’aujourd’hui", préviennent aussi les scientifiques, qui rappellent que le changement climatique dépend des émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines.
T.Resende--PC