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Dans les sacs à dos des enfants ukrainiens, les souvenirs et la douleur
Lorsque les réfugiés ont afflué à la frontière ukrainienne il y a un an, un détail a frappé la responsable associative Anna Shevchenko: tous les enfants portaient un petit sac à dos. Ce bien précieux se trouve désormais au coeur d'un projet pour s'attaquer à leur traumatisme.
Quand Vladimir Poutine a lancé l'invasion de l'Ukraine, Anna Shevchenko s'est rendue en Roumanie depuis le Royaume-Uni, où elle vit, en tant que bénévole pour accueillir mères et enfants qui fuyaient la guerre.
Dans leur petit sac sur leur dos, chaque enfant emportait avec lui tout ce qu'ils pouvaient "de leur ancienne vie", a expliqué cette consultante et écrivaine à l'AFP à Londres.
De retour au Royaume-Uni, elle a eu l'idée de mettre ces sacs à dos au coeur d'un programme de thérapie.
En quelques semaines, elle a constitué un réseau, principalement d'expatriés ukrainiens, déterminés à aider.
L'autrice de livres pour enfants Di Redmond a embrayé en travaillant sur une histoire inspirée de l'idée que les souvenirs des enfants tenaient dans ce sac: "Ca m'est vraiment entré dans la tête et j'ai plus ou moins écrit le livre en une nuit, dans mon sommeil", explique-t-elle à l'AFP.
L'illustratrice ukrainienne Lilia Martynyuk a ensuite créé un ensemble d'images "émouvantes et puissantes" depuis la ville de Zaporijjia, sur le front.
- Livre dévoré -
La prolifique Di Redmond, qui a publié près de 200 livres, fait habituellement rire les enfants plutôt que pleurer.
Dans "Rucksack" ("Sac à Dos"), elle raconte l'histoire poignante d'un petit garçon qui perd le sien dans son immeuble bombardé qu'il doit fuir. Dans un abri souterrain de Kiev, il reçoit un nouveau sac, qui ne fait qu'ajouter à sa peine et à ses larmes, car "il n'a aucun souvenir".
Il commence ensuite à se forger de nouveaux souvenirs qui, il le sait, le ramèneront un jour dans sa nouvelle maison en Ukraine.
"La valeur cardinale du livre est qu'il permet à l'enfant et ceux qui s'occupent de lui de commencer à parler de ce qui s'est passé, souvent quelque chose d'indicible", explique Dennis Ougrin, psychiatre d'origine ukrainienne au Maudsley Hospital de Londres.
Avec son équipe, il a commencé à emmener le livre dans les écoles, pour l'utiliser aux côtés d'un programme conçu par l'association Children and War UK.
Les réactions l'ont frappé. Le livre a fait pleurer les parents, tandis que les enfants le dévoraient, en tournant les pages "très, très lentement".
Selon Bill Yule, professeur émérite de pédopsychologie de l'enfant au King's College de Londres, impliqué dans le projet, nombre de parents craignent que parler de la guerre fasse du mal à leurs enfants.
Ces derniers sont "très sensibles aux réactions de leurs parents", souligne-t-il. "Quand ils voient leur enfant face au livre, les parents peuvent voir qu'en parler ne leur fait pas de mal", ajoute-t-il.
L'équipe de psychiatres ont emmené le livre dans des écoles britanniques qui accueillent des réfugiés ukrainiens.
D'autres écoles ont également demandé de l'aide, et l'ouvrage suscite l'intérêt d'autres pays.
- "Sujet tabou" -
Anna Shevchenko raconte qu'elle a pu voir, lors d'une lecture, des petits Britanniques se tourner vers leurs camarades ukrainiens pour leur demander: "C'est quelque chose que tu as connu ?"
"Ca faisait vraiment chaud au coeur de voir ces enfants anglais prendre dans leurs bras les Ukrainiens", raconte-t-elle. "Auparavant les enfants étaient un peu mal à l'aise pour en parler et c'était la même chose avec les enfants... ils étaient inquiets d'aborder un sujet presque tabou".
Selon certaines écoles, les enfants ukrainiens ne se sont pas sentis les bienvenus, faute de conscience de leurs camarades de leur expérience de la guerre.
Mais une fois qu'ils ont lu le livre, explique Anna Shevchenko, "on a vu des enfants se tenir la main et les emmener à la bibliothèque pour le lire et en discuter avec les enfants ukrainiens".
N.Esteves--PC