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Un "contre-sommet de l'IA" à Paris pour témoigner des conséquences sur nos vies
"Des systèmes vont prendre en charge ce qui relève de nos facultés les plus fondamentales avec le risque d'aboutir à une humanité absente d'elle-même": face à ce qu'il qualifie de "tournant civilisationnel", le philosophe Eric Sadin lance un contre-sommet de l'intelligence artificielle (IA) à Paris.
L'objectif: "Témoigner de l'envers du décor" du sommet mondial "pour l'action sur l'intelligence artificielle" qui se tiendra les 10 et 11 février dans la capitale française, précise M. Sadin à l'AFP.
Ce contre-sommet, co-organisé par Eric Barbier, journaliste à l'Est Républicain (groupe Ebra) et référent IA générative au sein du Syndicat national des journalistes (SNJ), doit se tenir le 10 février après-midi au Théâtre de la Concorde.
Une vingtaine d'intervenants, enseignants, journalistes, traducteurs, doubleurs, comédiens, créateurs de films d'animation et syndicats de différents secteurs, "témoigneront des implications de l'IA déjà à l'oeuvre dans leur quotidien", annonce Eric Sadin. Parmi eux, et en la présence annoncée de la maire de Paris Anne Hidalgo, le comédien Vincent Elbaz.
M. Sadin a publié une dizaine d'ouvrages sur les nouvelles technologies et l'IA depuis 15 ans. Ses tribunes sont régulièrement publiées dans la presse française et internationale.
Education, culture, transports... L'IA "offre une telle facilitation de l'existence que tout le monde saute à pieds joints, dans le déni total des conséquences sociales et civilisationnelles: un utilitarisme forcené qui n'est autre que le renoncement à nous-mêmes", regrette-t-il.
Selon un baromètre Ifop pour le groupe de conseil Talan, le nombre d'utilisateurs de l'IA dans la population française a grimpé de 60% en 2024. Parmi ces utilisateurs, 48% "considèrent que leur entreprise les encourage dans cet usage". Mais, dans le même temps, les craintes s'amplifient: 79% des 18 ans et plus se déclarent "inquiets vis-à-vis de l'émergence des IA génératives" (contre 68% en mai 2023).
Voulu par le président de la République Emmanuel Macron, le sommet mondial sur l'IA se tiendra au Grand palais - à quelques centaines de mètres du "contre-sommet" -, en présence d'une centaine de pays et plus d'un millier d'acteurs du secteur privé et de la société civile, dont des Prix Nobel.
La France "souhaite aboutir (...) à la création d'une nouvelle plateforme mondiale qui servira d'incubateur pour une intelligence artificielle au service de l'intérêt général", selon l'Elysée.
- "Remplacer le génie humain" -
"Une grand-messe propagandiste organisée avec des millions d'euros d'argent public qui va surtout accroître les capitalisations boursières des grands groupes et sociétés présentes, faisant le récit merveilleux de lendemains qui chantent. Sans tenir compte de l'essentiel: l'automatisation croissante des affaires humaines qui fait déjà des ravages au quotidien", rétorque M. Sadin.
Textes, sons, images... A l'exemple de ChatGPT, lancé en novembre 2022, l'IA générative, qui produit des contenus, n'est plus seulement un outil au service de l'humain, "elle utilise des systèmes qui pillent et ingurgitent les fonds culturels pour remplacer le génie humain", estime-t-il, mettant en garde contre ce "cheval de Troie du renoncement à l'usage de nos facultés les plus fondamentales".
M. Sadin anticipe le "dessaisissement du langage, premier vecteur de notre liberté", qui va devenir "standardisé et nécrosé, dans un monde où ce qui relève de l'invention va disparaître".
Pour Eric Barbier, "il est urgent de rompre avec l'enthousiasme béat autour de l'IA générative devenue un agent de remplacement des employés", citant en exemple L'Est Républicain.
Le quotidien régional, qui fait partie du groupe de presse Ebra, teste depuis plus d’un an l’utilisation de ChatGPT pour corriger et mettre en forme des textes de ses correspondants locaux de presse. Face aux inquiétudes soulevées en interne, le groupe a mis en place une charte pour encadrer le recours à l'IA.
"Les patrons de presse brandissent leur charte d'éthique, assurant qu'il y a des garde-fous mais, parallèlement, ils l'utilisent comme un outil de productivité, d'automatisation des tâches pour réduire les effectifs", dénonce M. Barbier.
"Mon rôle, en tant que journaliste, n'est pas de fiabiliser les modèles d'IA générative, qui en plus commettent des erreurs, mais de livrer à nos lecteurs des contenus éditoriaux vérifiés et sourcés", plaide M. Barbier.
Cette technologie "remet en cause le pluralisme de la presse et par analogie la diversité de la pensée humaine", conclut-il.
L.Mesquita--PC