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En Autriche, l'extrême-droite tisse sa toile médiatique
Quand le chef de l'extrême droite autrichienne Herbert Kickl a annoncé plus tôt en février son échec à former un gouvernement, le site internet AUF1 y a vu un complot de "l'élite mondialiste" pour l'empêcher de devenir chancelier.
Pas un mot sur son intransigeance, son refus du compromis qui ont fait tourner court les négociations avec les conservateurs, selon le récit livré par les journaux, radios et télévisions.
Une version différente de l'histoire, quitte à s'arranger avec les faits: c'est justement ce qui plaît aux destinataires de ces médias dits "alternatifs", de plus en plus populaires dans le pays alpin et au-delà dans les démocraties libérales.
"Partout ailleurs, on nous ment depuis des années": cet avis, confié au quotidien Der Standard par des sympathisants du parti nationaliste FPÖ lors d'une manifestation cet hiver, se répand comme une traînée de poudre dans la société et a favorisé une victoire historique de l'extrême droite aux législatives fin septembre.
Le Parti autrichien de la liberté (FPÖ) a fini premier avec près de 29% des voix et a été chargé pour la première fois de mener les pourparlers en vue de bâtir une coalition. S'ils n'ont pas abouti, c'est un plafond de verre que cette formation fondée par d'anciens nazis a brisé.
- "Maison des médias FPÖ" -
Son succès, M. Kickl le doit en partie au réseau médiatique qu'il a renforcé depuis la prise en main en 2021 d'un mouvement enrichi par l'argent public récolté au gré de ses victoires électorales.
Il y a d'abord les organes de presse directement contrôlés par le FPÖ: une chaîne sur YouTube, revendiquant quelque 230.000 abonnés et plus de 80 millions de vues sur les trois dernières années, un journal, des comptes Facebook, Instagram et TikTok.
"Nous sommes vraiment présents sur tous les canaux afin d'informer la population sans filtre et en toute véracité", déclarait mi-janvier le secrétaire général du parti, Christian Hafenecker, en se réjouissant de "l'énorme portée" de ce projet intitulé "la maison des médias FPÖ".
Cet écosystème s'est considérablement étendu avec l'émergence de chaînes régionales pas officiellement rattachées au parti, qui prospèrent depuis la pandémie de Covid-19.
"Nous avons été poussés vers l'extrême droite au fur et à mesure de notre couverture des manifestations" contre les strictes mesures du gouvernement contre le virus, explique à l'AFP le directeur général de RTV, Christian Schott.
"Qu'il s'agisse du Covid ou du changement climatique, nous menons nos propres recherches, loin de la pensée dominante", argue-t-il.
Une ligne éditoriale qui lui a permis de décrocher la première interview d'Herbert Kickl après les législatives, aux côtés de la plateforme AUF1.
- Le "modèle" hongrois -
Rétif à la contradiction, le chef du FPÖ affectionne aussi ce média, né dans la même région de Haute-Autriche et devenue "un média phare dans la sphère complotiste germanophone", selon un récent rapport du Centre de documentation et d'archives sur la résistance (DÖW) publié par le gouvernement.
Son fondateur Stefan Magnet est très proche du FPÖ et était même présent lors de la signature en 2016 d'un accord avec la formation Russie unie de Vladimir Poutine. Mais il nie tout financement par le parti de Kickl ou par Moscou, invoquant des dons privés.
Si AUF1 n'a pas répondu aux sollicitations, un autre média, Info-Direkt, a accepté de détailler ses méthodes, tout en ciblant l'AFP publiquement en diffusant ses questions sur son site.
Thèmes "patriotiques", lutte contre les "échanges de population, la confusion sexuelle de nos enfants et l'hystérie climatique", "fin du bellicisme" en Ukraine: Info-Direkt dit vouloir décliner l'ensemble des sujets chers à l'extrême droite face aux "fausses infos" répandues par les médias établis.
Dans son programme gouvernemental, le FPÖ avait prévu de mettre à la diète la télévision publique ORF, vue comme un symbole de la "propagande d'extrême gauche".
"Renforcer l'univers médiatique parallèle" tout en attaquant les voix "pas alignées sur son idéologie": voilà la stratégie du parti, résume l'experte Daniela Kraus, responsable du club de presse Concordia, "inquiète devant la spirale descendante du discours public".
Pour Herbert Kickl, le "modèle" à suivre est celui du Premier ministre nationaliste Viktor Orban qui, dans la Hongrie voisine, a mis au pas les médias en 14 ans de pouvoir.
"Il a prouvé qu'une alternative était possible. Pourquoi ne ferions-nous pas la même chose ?", lance M. Hafenecker, alors que le parti réclame de nouvelles élections après l'échec des négociations.
O.Gaspar--PC