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Chouchou Lazare, le styliste gabonais qui transforme le raphia en trésor de la mode
Des fibres de raphia sèchent au soleil sur le balcon de l'atelier du styliste gabonais Chouchou Lazare à Libreville. Cette matière naturelle, extraite des feuilles de palmiers, est la marque de fabrique du créateur, qui imagine les femmes dans ses défilés comme "des reines".
"C'est le raphia du Gabon. Il est particulier, il est tissé très fin, c'est un textile qui mérite d'être montré", explique à l'AFP le designer.
Refusant de révéler son âge exact, il lance, souriant : "Je n’ai pas d’âge, comme Karl", en référence à la star planétaire de la haute couture Karl Lagerfeld (1933-2019), l’une de ses idoles.
Créatif depuis l’enfance, il aide sa mère dès l’âge de 9 ans quand elle fait des travaux de couture pour arrondir ses fins de mois.
Au lycée, il organise son premier défilé. Autodidacte, il n’a jamais suivi d’études de stylisme, mais a tout appris en créant des robes pour les deux femmes qui comptent le plus dans sa vie : sa mère et sa grand-mère.
En regardant les pièces de sa dernière collection, préparée pour un défilé récent à Paris, il dit qu'il pense toujours à sa mère: "Elle était très grande, elle représentait pour moi une reine".
- "Je veux voir des reines" -
"Quand je prépare mes défilés, je veux voir des reines, des femmes qui s’assument", confie-t-il, les yeux brillants.
Tressé, cousu ou collé, le raphia au naturel est présent dans presque toutes ses créations, parfois en forme de bustier, d'autres fois utilisé pour des jupes. Ce matériau naturel, jamais teinté, est omniprésent dans sa collection.
Pour les Gabonais, le raphia revêt une signification particulière.
Traditionnellement réservé aux nobles et aux chefs du village, "c'est un tissu traditionnel qui rentre dans la spiritualité de notre pays, qui parle aux ancêtres", explique Chouchou Lazare, tout en esquissant le croquis d’une robe.
Aujourd’hui encore, ce tissu est utilisé lors des mariages traditionnels et des cérémonies spirituelles bwiti, un culte ancestral au Gabon.
"Le raphia représente une richesse naturelle à préserver, contribuant au rayonnement du patrimoine culturel gabonais et africain", rappelait récemment le ministère gabonais du Tourisme durable et de l’Artisanat.
Mais pour le designer, "n’importe quelle personne peut porter du raphia, ce n’est pas réservé aux Gabonais ou aux Africains."
"C’est ouvert à tout le monde", insiste-t-il tout en caressant un paquet de fibres de raphia posé près de sa machine à coudre, vérifiant qu’elles sont bien sèches.
- "Un grand moment" -
En 2002, Chouchou Lazare remporte le premier prix du meilleur défilé de mode à la Biennale internationale de Design de Saint-Étienne, en France.
24 ans plus tard, il présente ses créations au président français Emmanuel Macron, au cours d'une visite d’Etat au Gabon fin novembre 2025.
Une photo encadrée dans son atelier immortalise ce moment : Chouchou Lazare entouré du président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et de son homologue français.
"Un grand moment", se souvient-il. "Pour un Gabonais qui vit au Gabon, qui a l'habitude de voir le raphia, à un moment donné, on se dit que c'est un textile comme tout autre, on ne le voit pas. Mais lorsque j'ai vu la réaction des présidents et de toutes les personnes qui étaient déjà dans la salle, +Waouh, c'est magnifique !+, j'avais l'impression que c'était du diamant" .
Habillé d’une veste de costume rayée couleur or, d’un pagne traditionnel gabonais revisité avec quelques touches de raphia, et coiffé d’un chapeau dans le même tissu, le créateur s’est vu décerner un "Achievement Award" lors du Fashion Annual Show, à Paris le 28 février dernier.
- Mentor -
Cet événement, organisé depuis plus de 25 ans, met à l'honneur des créateurs et des mannequins africains.
Président de l'Association des stylistes et créateurs gabonais, Chouchou Lazare a aussi tracé la voie pour d'autres designers gabonais, comme Oscar Ozimo, créateur de mode depuis plus de 20 ans.
Travailler avec M. Lazare lui a permis d'apprendre la technique et la rigueur dans le travail. Présent au défilé parisien, Oscar se dit chanceux d'avoir pu accompagner son mentor.
"C’est une grande aubaine pour moi d’avoir fait partie de cette aventure enrichissante", a-t-il dit à l'AFP.
Dans son atelier baigné de lumière, Chouchou Lazare dit vouloir poursuivre son travail pour faire reconnaître le raphia comme "une richesse pour le Gabon".
A.Seabra--PC