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Mediapart: enquêtes qui marquent et têtes qui tombent
Mediapart: enquêtes qui marquent et têtes qui tombent / Photo: JOEL SAGET - AFP/Archives

Mediapart: enquêtes qui marquent et têtes qui tombent

"Sans nous, vous ne l'auriez pas su", clamait le slogan choisi pour ses 15 ans: après nombre de scoops fracassants, le site d'information Mediapart se retrouve à nouveau au centre du jeu politique en révélant des écrits antisémites attribués au président du RN Jordan Bardella.

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- Du journalisme à impact

Parmi les scandales les plus retentissants lancés par le site, fondé en 2008, figurent les soupçons de financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, révélés en 2012, ou l'existence de fonds cachés en Suisse de l'ancien ministre socialiste du Budget Jérôme Cahuzac (2012-2013), qui avait poussé à la création du parquet national financier (PNF).

Plus récemment, le média a été en première ligne dans les affaires Bruel, Bétharram ou sur le chantage à la sextape qui a fait chuter l'ancien maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau.

A l'image de Marine Le Pen et Jordan Bardella, ou de Carla Bruni-Sarkozy, qui avait arraché et jeté à terre la bonnette d'un micro Mediapart après la condamnation de son mari dans l'affaire libyenne, le média se voit régulièrement accusé de mener des cabales et de bafouer la présomption d'innocence.

Ses figures, comme Fabrice Arfi ou Marine Turchi, n'hésitent pas à se rendre sur les plateaux télé pour défendre leur travail et un journalisme de "faits" distinct selon eux du temps judiciaire. "Des plaintes en diffamation (contre Mediapart) ont conduit à environ 350 procédures pénales : nous n'avons été condamnés que cinq fois définitivement", souligne la codirectrice éditoriale de Mediapart Lenaïg Bredoux.

- Plenel, figure tutélaire

Visage du journalisme d'investigation pour ses admirateurs, inquisiteur d'extrême gauche pour ses détracteurs, Edwy Plenel continue d'incarner Mediapart aux yeux de l'opinion, même s'il en a quitté la direction en 2024. Il a été remplacé par Carine Fouteau et d'autres visages ont émergé.

Renommé pour ses enquêtes - il avait été mis sur écoute par une cellule de l'Elysée sous François Mitterrand dans les années 80 - Edwy Plenel a cofondé Mediapart après avoir dirigé le Monde (1996-2004) et influencé plusieurs générations de journalistes.

Dans les années 2000, il avait été rattrapé par un texte de jeunesse écrit en 1972 dans Rouge, journal de la Ligue communiste révolutionnaire, sous pseudonyme, dans lequel il appelait à "défendre inconditionnellement" les militants du groupe palestinien Septembre noir, dont un commando avait tué onze athlètes israéliens aux JO de Munich - position "fermement" récusée depuis.

- Modèle qui fonctionne

Dans un contexte économique très fragile pour les médias, Mediapart a connu en 2025 sa quinzième année consécutive de rentabilité. Il revendique 277.000 abonnés numériques, avec une hausse de 10% en 2025, au troisième rang des titres généralistes (derrière Le Monde et Le Figaro). Son chiffre d'affaires s'est élevé à 28 millions d'euros (+12%) en 2025, avec un résultat net de 4,4 millions d'euros, au plus haut de son histoire.

Lancé à l'époque du tout gratuit sur internet, Mediapart avait misé sur des abonnements payants et zéro publicité pour affirmer son indépendance. "Si la qualité est au rendez-vous, les gens sont prêts à payer", pariait Edwy Plenel. L'abonnement coûte 12 euros, contre 9 lors de son lancement. Le site n'a pas d'actionnaire, son capital étant protégé dans un fonds de dotation.

- Contre l'extrême droite

Ancré à gauche, Mediapart s'est toujours positionné contre l'extrême droite et refuse de réaliser des interviews en tant que telles des responsables RN.

"Mediapart considère que l'extrême droite est un danger pour notre démocratie", soulignait à l'AFP en mars Carine Fouteau. "On développe nos moyens d'enquête" sur le sujet, ajoutait-elle, en citant le recrutement en 2025 du journaliste Alexandre Berteau, co-auteur avec Antton Rouget des révélations cette semaine sur Jordan Bardella.

Mediapart compte sortir en mars, avant le premier tour de la présidentielle, un documentaire sur "le vrai visage de l'extrême droite".

- De nouvelles révélations ?

Sommé, comme dans de précédentes affaires, de montrer des preuves de leurs révélations sur Jordan Bardella, les journalistes de Mediapart promettent de le faire, tout en protégeant leurs sources. "On est très sereins de ce point de vue-là", a déclaré mercredi Alexandre Berteau à l'AFPTV. L'affaire Cahuzac avait donné lieu à un feuilleton de près de quatre mois jusqu'aux aveux de l'ancien ministre. Le site avait notamment diffusé un enregistrement compromettant de sa voix.

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E.Raimundo--PC