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En Israël, des juifs pratiquants tentent de concilier religion et transidentité
Il y a quelques mois, Yaël Rashlin, une femme juive pratiquante transgenre, s'est découvert la tête, enfreignant un interdit important dans le judaïsme pour les femmes mariées, afin de se démarquer d'une communauté orthodoxe qui, dit-elle, "ne veut pas de nous".
En couple avec une femme, cette mère de cinq enfants, dont trois d'une première union lorsqu'elle s'identifiait comme un homme, explique ne "plus pouvoir prier le même dieu que des gens qui aujourd'hui essayent de détruire ma communauté [LGBT+, NDLR] et de détruire nos vies".
Le résultat des dernières élections, qui a conduit à l'entrée au Parlement israélien de personnalités religieuses et d'extrême droite connues pour leurs positions anti-LGBT+ a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
Mais déjà avant le scrutin, confie l'épouse de Yaël, Hadar Rashlin, 30 ans, "le prix à payer était devenu trop lourd pour gérer ce conflit entre former un couple LGBT+ et appartenir à la communauté orthodoxe".
Yaël se souvient des réactions hostiles lorsqu'elles avaient la tête couverte et marchaient dans la rue en se donnant la main.
"Les couples religieux ont le droit de se tenir la main dans la rue mais si tu es une femme avec la tête couverte tu ne peux pas donner la main à une autre femme. Cela provoque des questions, des regards, des réflexions humiliantes et déplacées", déplore-t-elle.
La législation israélienne est avancée dans la protection des droits des LGBT+, mais dans le judaïsme orthodoxe, largement majoritaire en Israël, le rejet de toute forme d'homosexualité n'a commencé à s'émousser que dans la dernière décennie. Et la transidentité reste un sujet largement tabou.
Les courants non-orthodoxes du judaïsme, libéral et Massorti (conservateur), qui prônent l'égalité hommes-femmes et font preuve d'ouverture à l'égard de la communauté LGBT+, restent très minoritaires.
- "Désarroi"-
Aujourd'hui, Yaël et Hadar, qui se sont mariées il y a quelques années lors d'une cérémonie non reconnue par le rabbinat orthodoxe, disent ne rien avoir changé aux rituels orthodoxes auxquels elles sont attachées, mais elles ne veulent plus être affiliées à ce courant.
Quelques heures avant le début de shabbat, le repos hebdomadaire juif, elles se dépêchent de mettre leur petit appartement de la périphérie de Jérusalem en ordre, les bras chargés de piles de vêtements prêts à être rangés et des jouets éparpillés de leurs deux jeunes enfants.
"Il y a une peur des autorités rabbiniques de premier plan de dire publiquement que les transgenres, ça existe, que ce n'est pas une maladie mentale ou une lubie", explique Yaël, 43 ans, ingénieure informatique.
Un rejet qui pousse de nombreux juifs religieux transgenres au suicide, selon Yaël qui dit avoir ainsi perdu une dizaine d'amies ces dernières années.
Selon une étude du ministère israélien de la Santé publiée fin 2020, 40% des personnes transgenres interrogées avaient fait une tentative de suicide.
Ces chiffres sont encore plus élevés dans la population religieuse, selon Rotem Sorek, directrice de Maavarim, une association d'entraide pour les personnes transgenres.
"Leur désarroi est encore plus important, elles doivent souvent faire face au rejet non seulement de leurs proches mais aussi de leur communauté. Elles sont donc encore plus en danger", explique-t-elle, précisant qu'en raison de l'omerta sur le sujet aucun chiffre précis n'est disponible.
Cette situation inquiète Benny Lau, un rabbin orthodoxe défenseur d'une orthodoxie ouverte sur le monde, qui accompagne depuis plusieurs années des hommes et des femmes, homosexuels et pratiquants.
- "Sortir du placard" -
Dans la halacha, l'ensemble des lois religieuses juives, "la mitzva [commandement, NDLR] la plus importante [...] c'est de protéger la vie. Pour moi, aider quelqu'un à sortir du placard, c'est une mitzva, pas une transgression", explique-t-il.
Il relate ainsi comment il a accepté la demande d'une femme orthodoxe transgenre de lui écrire une lettre attestant qu'elle était une femme afin qu'elle puisse être acceptée dans la section des femmes de sa synagogue, les hommes et les femmes étant séparés dans les synagogues orthodoxes.
La violence de certains rabbins sur le sujet de la transidentité est le produit de la guerre d'une partie du monde religieux contre la modernité et ne vient pas de la halacha "qui est sujette à interprétations et dans laquelle on peut trouver beaucoup de justifications", étaye-t-il.
"Dans la Torah, seules les relations sexuelles entre hommes sont explicitement prohibées, mais les juifs religieux les plus radicaux estiment que par extension, changer de sexe, c'est contre la Torah et contre la volonté de Dieu", dit-il.
Cette vision libérale défendue par M. Lau est aux antipodes des positions de certains juifs pratiquants nouvellement élus dans le gouvernement israélien.
Le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le chef de file du parti Noam, Avi Maoz, député et nommé au bureau du Premier ministre, assument ainsi publiquement des positions anti-LGBT+ très violentes.
"Je ne pense pas qu'il y aura immédiatement des lois anti-LGBT+ mais plus que les lois, je suis inquiète du travail quotidien du gouvernement", estime Shani Armon, une femme orthodoxe transgenre.
Cette ingénieure informatique de 29 ans dit craindre particulièrement "une baisse des budgets pour les centres d'aide" LGBT+.
Quant à Yaël Rashlin, qui a la double nationalité française et israélienne, elle dit "ne pas exclure de quitter Israël si la situation devient vraiment impossible".
O.Gaspar--PC