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Le sort de Libanais liés à l'EI en Syrie tourmente leurs familles
Cela fait trois ans qu'Oum Mohammed, mère de deux jihadistes tués dans les combats en Syrie, attend de prendre dans ses bras ses trois petites-filles détenues avec leur mère dans un camp du nord-est syrien.
Dans sa maison à Tripoli dans le nord du Liban, cette grand-mère libanaise de 50 ans se déplace entre les deux chambres qu'elle a préparées pour elles.
"Chaque jour je me dis: +elles vont revenir aujourd'hui, elles vont revenir demain+. Cela fait trois ans que je les attends", se lamente-t-elle.
Ses petites-filles âgées entre quatre et dix ans sont coincées avec leur mère Alaa, 30 ans, dans le camp surpeuplé d'Al-Hol en Syrie voisine.
Ce camp accueille plus de 55.000 déplacés, dont des familles de combattants étrangers du groupe jihadiste Etat islamique (EI) dont étaient membres Mohammed et Bilal Iali, les fils d'Oum Mohammed.
La ville miséreuse de Tripoli a longtemps été considérée comme un terreau fertile pour les jihadistes. Certains de ses habitants sont allés se battre contre le régime syrien après le début de la guerre en 2011 et y avaient rejoint l'EI.
Très souvent, leurs femmes et enfants les rejoignaient en Syrie.
Comme Alaa, la veuve de Mohammed Iali, tué en 2019 dans les combats à Baghouz, le dernier fief de l'EI dont la perte avait marqué la défaite territoriale du groupe jihadiste en Syrie.
Malgré sa défaite en Syrie mais aussi en Irak, l'EI a pu recruter depuis mi-2021 des dizaines de Tripolitains qui ont rejoint ses rangs en Irak.
- "Bombe à retardement" -
Les Iali font partie des dizaines de familles libanaises qui demandent aux autorités de Beyrouth de rapatrier les femmes et les enfants de camps sous contrôle de l'administration autonome kurde.
"Mon rêve est de serrer les filles dans mes bras et de sentir l'odeur de leur père", dit Oum Mohammed, les larmes aux yeux. "Je veux qu'elles viennent avec leur mère vivre avec moi."
Dans le camp, "elles vivent dans la misère, privées de tout".
Le père d'Alaa, Khaled Androun, a pu rencontrer sa fille et ses petites-filles à deux reprises à Al-Hol, sans pouvoir les faire sortir.
Alaa a essayé de fuir mais elle a été blessée par l'explosion d'une mine.
"Quel sera le sort de nos filles? Elles ont besoin d'une réhabilitation, d'une éducation, d'un traitement médical et surtout d'une aide psychologique", a dit à l'AFP M. Androun qui suit le dossier de la centaine de femmes et enfants dans ces camps.
Nous attendons "une décision politique pour régler cette affaire en coopération avec les autorités" des camps, a affirmé à l'AFP le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim.
Mais M. Androun s'inquiète du sort de sa famille en raison de l'insécurité dans le camp, exhortant M. Ibrahim à "se dépêcher".
L'administration autonome kurde compare la situation à Al-Hol à une "bombe à retardement" et n'a de cesse d'exhorter les pays concernés à rapatrier leurs ressortissants.
- "Pas la lune" -
En 2015, Oum Moussaab, 35 ans, est arrivée avec ses deux garçons et sa fille à Raqa dans le nord de la Syrie, alors capitale de facto de l'EI, pour rejoindre son mari avant qu'il ne soit tué au combat.
Elle a ensuite été emmenée dans le camp d'Al-Hol avec ses deux garçons, alors que sa fille a été détenue dans le camp de Roj dans la province de Hassaké (est), également aux mains des autorités kurdes.
Aidée d'un passeur à qui la famille a payé 7.000 euros, la mère a pu fuir Al-Hol avec ses deux garçons en 2018. Elle n'a plus vu sa fille depuis "cinq ans".
A son retour au Liban, Oum Moussaab a été emprisonnée pendant neuf mois.
Nour al-Hoda Abbas attend elle aussi le retour de sa belle-fille et de sa petite-fille de sept ans, après avoir perdu ses deux fils jihadistes en Syrie.
"Nous ne demandons pas la lune, (...) Ramenez les femmes et que celles qui sont suspectées soient arrêtées", a-t-elle dit.
"Je veux ma petite-fille, c'est mon droit. Les enfants n'ont pas choisi cette vie mais nous sommes capables de la changer pour eux."
T.Vitorino--PC