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Retraites: terminus en vue à l'Assemblée pour la proposition d'abroger les 64 ans
Au lendemain d'un baroud d'honneur dans la rue, la contestation contre la réforme des retraites se dirige vers son épilogue à l'Assemblée: la proposition visant à abroger les 64 ans va être très probablement mise en échec avant son examen, programmé jeudi dans l'hémicycle.
Ce texte a entretenu la flamme des opposants à la réforme promulguée mi-avril, même si la participation mardi à la 14e journée de mobilisation a été la plus faible enregistrée en cinq mois de manifestations.
Son sort est suspendu à une décision de la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet. Mais nul ne semble plus douter qu'elle fera barrage à l'examen de cette mesure phare de la proposition de loi du groupe indépendant Liot, soutenue par la gauche et le Rassemblement national.
"Je prendrai mes responsabilités", a plusieurs fois assuré ces derniers jours la titulaire du perchoir, qualifiant d'"inconstitutionnelle" l'abrogation des 64 ans.
La mesure en question a déjà été retoquée la semaine dernière en commission, au terme d'un vote serré (38 voix contre 34), mais les oppositions comptaient pouvoir rejouer ce match jeudi dans l'hémicycle, en déposant des "amendements de rétablissement".
C'est à ces derniers que devrait faire obstacle Yaël Braun-Pivet, comme l'y autorise le règlement de l'institution.
En brandissant, peut-être dès mercredi, l'article 40 de la Constitution, qui proscrit toute proposition parlementaire créant une charge pour les finances publiques.
La proposition de loi pourrait alors tout de même être examinée jeudi, mais sans vote possible sur sa principale mesure.
- "Huile sur le feu" -
Le texte de Liot aurait un coût de "plus de 15 milliards d'euros au bas mot", martèle le camp présidentiel. Où de nombreuses voix ont reproché en coulisses à Mme Braun-Pivet, issue du groupe macroniste Renaissance, de ne pas avoir invoqué plus tôt l'"irrecevabilité financière" pour siffler la fin de la partie.
Mais pas question de "tordre le règlement" a répliqué l'entourage de cette dernière, qui a peu goûté ces pressions.
Même adoptée par l'Assemblée, l'abrogation n'aurait que de faibles chances d'aboutir au plan législatif, n'ont de cesse de faire valoir les macronistes. Tout en s'inquiétant du signal politique d'un éventuel vote perdu, quelques semaines après la promulgation, mi-avril, de la réforme.
Elisabeth Borne a une nouvelle fois fustigé mardi une proposition "inconstitutionnelle" et "démagogique", lors des questions au gouvernement.
La Première ministre répondait au patron des députés Liot, Bertrand Pancher, qui a accusé le camp présidentiel de "jeter de l'huile sur le feu" d'un pays fracturé, en tentant d'empêcher un vote jeudi.
Comme résignés quant à l'impossibilité de voter sur la mesure d'abrogation jeudi, son groupe et la gauche ont échafaudé des plans de repli.
Ils ont déposé une série d'amendements alternatifs avec l'objectif qu'un scrutin symbolique ait tout de même lieu autour des mesures d'âge, sans s'exposer au couperet de l'article 40. Certains proposent par exemple d'établir "un objectif d'abrogation" des 64 ans à l'horizon 2024.
- "Démocrature" -
Le dépôt d'une nouvelle motion de censure contre le gouvernement est débattu entre les groupes d'opposition qui élargissent déjà leur combat au-delà des retraites.
Le mouvement de contestation est "passé d'une question sociale à un débat sur la conception de la démocratie", a jugé le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, en référence au passage au forceps du report de l'âge de départ à 64 ans.
Le patron des députés communistes André Chassaigne a estimé que le pays était devenu "une démocrature qui demain peut ouvrir à une dictature".
"La lutte continuera", a promis de son côté le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, sans savoir "sous quelle forme", après que le patron de la CFDT Laurent Berger a estimé que "le match est en train de se terminer".
Si le camp présidentiel est impatient de tourner la page, "on aurait tort de considérer que le match est fini, qu'on a gagné la partie, tous aux vestiaires", estime un ministre prudent. "Il faudra à un moment, une conférence sociale ou je ne sais quoi" pour renouer le dialogue.
H.Portela--PC