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A Hong Kong, un immeuble pour dernière demeure
A Hong Kong, où les habitants peinent à trouver une sépulture pour leurs défunts, un columbarium privé a vu le jour dans un immeuble, faute de places dans les cimetières publics, mais cette solution reste hors de portée pour de nombreuses familles en raison de ses coûts prohibitifs.
"C'est un immeuble d'appartements pour les morts", explique Ulrich Kirchhoff, 52 ans, l'architecte du columbarium de Shan Shum.
Cette tour de douze étages, qui a ouvert ses portes en mai, abritera à terme 23.0000 niches où seront déposées des milliers d'urnes funéraires.
Ces dernières années, les édifices de ce type ont fleuri dans la mégapole chinoise. Faute d'emplacements dans les espaces funéraires publics, les autorités locales se sont progressivement tournées vers des acteurs privés pour alléger la pression qui pèse sur le secteur funéraire de Hong Kong, où plus d'un cinquième des 7,3 millions d'habitants ont plus de 65 ans.
C'est à partir du milieu des années 2010 que les cimetières de la ville ont commencé à cruellement manquer de places.
A cette époque, les Hongkongais ont été contraints de laisser les cendres de leurs défunts dans les tiroirs des pompes funèbres, dans des temples ou des immeubles industriels reconvertis illégalement.
Pour le columbarium de Shan Sum, M. Kirchhoff dit s'être inspiré des cimetières chinois traditionnels, souvent perchés à flanc de montagne.
A l'intérieur de l'édifice, les cendres des défunts sont conservées dans de petits compartiments qui tapissent du plancher au plafond les murs des chambres climatisées de l'immeuble.
Critique des columbariums publics, qui selon lui donne l'impression d'être dans un "entrepôt", Ulrich Kirchhoff a conçu une seule chambre par étage, souhaitant offrir un espace de recueillement favorisant l'intimité des familles.
"Comment maintenir la qualité de vie et la dignité des personnes dans un espace d'une telle densité ?", tempête l'architecte au sujet des columbariums publics. "S'agit-il simplement d'une boîte à chaussures ou y a-t-il autre chose ?".
- Pénurie d'emplacements -
La crise des espaces funéraires a commencé sous l'administration britannique, soit des décennies avant la rétrocession de la mégapole à la Chine en 1997, selon l'historien Chau Chi-fung, auteur d'un livre sur les rites funéraires à Hong Kong.
"Les lois de l'époque en matière de traitement des cadavres étaient très strictes. Mais une fois ces derniers réduits en cendres, le gouvernement n'avait pas de politique globale pour les corps", explique-t-il à l'AFP.
Longtemps, les Hongkongais d'origine chinoise ont inhumé leurs morts, par tradition, jusqu'à ce que le gouvernement colonial ne popularise la crémation dans les années 1960. Aujourd'hui, les Hongkongais optent à une très large majorité pour la crémation (95% des décès annuels).
Mais le nombre des décès devrait augmenter de 14% d'ici à 2031 pour atteindre 61.100 par an, selon le gouvernement.
Les autorités locales ne s'en inquiètent pas, estimant que les 25% d'emplacements vacants sur les 425.000 que comptent les cimetières publics, ainsi que d'autres initiatives publiques et privées, permettront d'y faire face.
- "Vue sur l'océan..." -
A l'image du marché immobilier de Hong Kong, qui pratique des prix prohibitifs, le coût d'un emplacement dans un columbarium privé reste cependant inaccessible pour beaucoup.
Celui de Sham Sum réclame l'équivalent de 53.000 euros pour un emplacement pour deux personnes et 2,7 millions d'euros pour l'option la plus chère, alors que le revenu mensuel médian des ménages hongkongais avoisine les 3.500 euros, selon des données du gouvernement.
L'an dernier, Wing Wong, 43 ans, a enterré son père au Tsan Tsui Columbarium, un complexe de 4.800 m2 qui a ouvert en 2021 dans le Nord-Ouest de Hong Kong.
"Mon père m'avait un jour dit qu'il souhaitait une vue sur l'océan... Sa niche est orientée vers la mer, et nous avons pensé que c'était ce qu'il aurait voulu", explique-t-elle.
Avec sa famille, Mme Wong a choisi un site géré par le gouvernement en raison de ses prix abordables et aussi de l'architecture de l'édifice basée sur le feng shui, cet art ancestral chinois qui cherche à créer l'harmonie entre l'homme et son environnement.
"Perdre un être cher était déjà assez douloureux. Ce serait un supplice pour les membres d'une famille s'ils ne pouvaient pas trouver d'emplacement pour les cendres", confie-t-elle.
J.Oliveira--PC