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La BCE ouvre la porte à une pause dans ses hausses de taux
La Banque centrale européenne a relevé jeudi son taux d'intérêt directeur à son plus haut niveau depuis mai 2001, mais ouvert la porte à une possible pause dans les mois à venir, alors que l'effet du resserrement monétaire pèse sur l'économie.
Un an après avoir lancé le cycle de relèvement des taux le plus rapide de leur histoire, les gardiens de l'euro ont maintenu le cap avec une hausse cumulée désormais de 4,25 points de pourcentage à ce jour.
L’augmentation des taux de 0,25 point de pourcentage décidée jeudi, comme en juin, porte le taux de dépôt des liquidités bancaires à la BCE, qui fait référence, à 3,75%, au plus haut depuis le printemps 2001.
Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale avait montré la voie la veille en reprenant son cycle de hausse de son taux directeur, passé à 5,5%, soit son plus haut depuis 2001 aussi.
En zone euro, "l’inflation continue de ralentir", mais "devrait toujours rester trop forte pendant une trop longue période", a justifié la BCE dans un communiqué après une réunion à Francfort.
- Russie -
Elle a jugé que la suspension par la Russie de l'accord sur les exportations de céréales ukrainiennes via la mer Noire pourrait contribuer à accélérer la hausse des prix.
Dans le même temps, l'institut monétaire a marqué une inflexion significative.
Après neuf hausses successives de taux d'intérêt, il a laissé entendre qu'il pourrait faire une pause lors de la prochaine réunion.
"Nous avons une attitude ouverte concernant les décisions qui seront prises en septembre et lors des réunions suivantes", qui dépendront des données économiques disponibles, a déclaré à la presse la présidente de la BCE, Christine Lagarde.
"Nous passons à une période où nous serons dépendants des données économiques", a-t-elle ajouté, et ce sont elles qui décideront "si nous relevons (les taux) ou si nous faisons une pause", a expliqué Mme Lagarde.
"Ce pourrait être une hausse, ou une pause", a-t-elle ajouté, "cela dépendra des réunions".
En septembre l'institut disposera de nouvelles projections économiques et aura pris connaissance de l'évolution de l'inflation jusqu'en août.
La BCE est sortie du mode "auto-pilote" des derniers mois, quand chaque hausse de taux était pré-annoncée lors de la réunion précédente, commente Carsten Brzeski, économiste chez ING.
Mais il faudra que les projections d'inflation et de croissance jusqu'en 2025 s'affichent en "baisse significative" pour empêcher l'institut monétaire de relever ses taux "au moins une fois de plus après aujourd'hui", ajoute-t-il.
Une nouvelle hausse des taux "n'est pas exclue, mais un peu moins probable aujourd'hui qu'hier", résume Jens-Oliver Niklasch, chez LBBW.
Mme Lagarde a assuré que le conseil des gouverneurs en tout état de cause ne baisserait pas ses taux dans les réunions à venir.
L'inflation en zone euro est certes en recul, à 5,5% sur un an en juin, mais surtout grâce au tassement des prix de l'énergie, et en restant très au-delà de l'objectif de 2% fixé par la BCE.
- Politique "risquée" -
La porte ouverte à une pause en zone euro s'explique par le fait que les hausses précédentes commencent à se faire sentir, avec une demande de crédit au plus bas, ce qui ralentit la hausse des prix.
Mme Lagarde a aussi jugé que les perspectives économiques de la zone euro s'étaient "détériorées", en lien avec le resserrement monétaire qui suscite des critiques croissantes.
La politique des taux élevés est "risquée" et pourrait "prolonger la phase de faiblesse économique en Europe et en Allemagne que nous vivons actuellement", a dit jeudi le président de l’institut berlinois DIW Marcel Fratzscher.
La zone euro est tombée en légère récession l'hiver dernier. Dans ses dernières prévisions, le Fonds monétaire international s'attend à voir le Produit intérieur brut de la région progresser de 0,9% en 2023, malgré un recul en Allemagne (-0,3%), seul pays du G7 qui devrait voir la récession perdurer.
M.Carneiro--PC