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"Injustifiée" pour Yellen, la baisse de la note américaine défendue par Fitch
L'administration Biden a crié à l'injustice mercredi, après la décision de Fitch de priver les Etats-Unis de leur précieux AAA, l'agence de notation invoquant pour sa part la conséquence de dizaines d'années de détérioration de la gouvernance entre républicains et démocrates.
"Je suis en profond désaccord avec la décision de Fitch, et je pense qu'elle est totalement injustifiée", a déclaré la ministre de l'Economie et des Finances de Joe Biden, lors d'un déplacement dans un centre des impôts de Virginie, sur la côte est.
Fitch a abaissé mardi d'un cran la note de la dette des Etats-Unis, passée à AA+ -- comme l'avait fait S&P en 2011, sans jamais la relever ensuite. Ainsi, sur les trois principales agences de notation, seule Moodys place encore les Etats-Unis dans la catégorie des meilleurs émetteurs, dignes d'être notés triple A.
L'agence de notation avait alerté, fin mai, en plein bras de fer entre républicains et démocrates sur le relèvement du plafond de dette, et alors que le risque d'un défaut de paiement se profilait, qu'elle risquait de revoir le triple AAA à la baisse.
Et avait maintenu sa surveillance après un accord entre le Congrès et la Maison blanche, déplorant alors la "polarisation politique".
- "Bizarre, arbitraire, absurde" -
Mais l'administration Biden s'est montrée surprise du moment choisi par Fitch pour mettre ses menaces à exécution.
La porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, a estimé qu'elle allait "à l'encontre de la réalité, (...) à un moment où le président Biden a permis de réaliser la plus forte reprise de toutes les grandes économies du monde".
Le président du Conseil des conseillers économiques de la Maison blanche, Jared Bernstein, l'a qualifiée de "bizarre, arbitraire, absurde et déroutante", ajoutant que "le timing n'a(vait) aucun sens".
Janet Yellen l'a elle aussi jugée mercredi "étonnante compte tenu de la vigueur de l'économie" américaine. Ce choix repose selon elle sur une évaluation "fondée sur des données obsolètes".
Mais, a-t-elle affirmé, "la décision de Fitch ne change rien à ce que nous savons tous déjà: que les titres du Trésor restent le principal actif sûr et liquide du monde, et que l'économie des Etats-Unis est fondamentalement forte".
"A long terme, les États-Unis restent la plus grande économie du monde, la plus dynamique et la plus innovante – avec le système financier le plus solide du monde", a assuré Mme Yellen.
La situation économique du pays est pourtant loin d'être le seul élément pris en compte par Fitch.
"Parmi les éléments importants pour nous, il y a le fait que les gouvernements, des deux côtés, républicains et démocrates, n'ont pas été capables de trouver des solutions durables pour régler les problématiques budgétaires grandissantes", a déclaré le responsable de Fitch Ratings pour le continent américain, Richard Francis, interrogé mercredi sur la chaîne CNBC.
"Nous avons observé une détérioration assez constante de la gouvernance au cours des dernières décennies", a-t-il insisté, notamment mise en lumière par "la résolution constamment sur la corde raide de la question du plafond d'endettement".
- "Pas d'importance" -
D'autant que la situation budgétaire des Etats-Unis ne devrait pas s'arranger, selon Fitch, qui prévoit des déficits élevés et persistants dans les deux prochaines années.
Lors de sa visite au centre des impôts, Janet Yellen a néanmoins souligné les efforts destinés à améliorer le recouvrement, en particulier auprès des contribuables à hauts revenus et des grandes entreprises.
Elle a précisé que "ces derniers mois", les services des impôts ont permis de réaliser 175 procédures concernant des millionnaires, avec un recouvrement total de 38 millions de dollars.
Le patron de la banque JPMorgan, Jamie Dimon, a estimé mercredi sur CNBC que la disparition du AAA américain n'avait "pas vraiment d'importance", car "ce sont les marchés qui décident".
"Il y a un tas de pays mieux notés que nous, triple A, mais ils vivent grâce au système militaire américain. Les noter triple A et non l'Amérique est un peu ridicule", a-t-il regretté.
En revanche, il se dit "d'accord avec le fait que nous devrions nous débarrasser du plafond de la dette".
T.Vitorino--PC