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Cyberharcèlement de Magali Berdah: de la prison requise contre les 13 prévenus
"L'espace numérique n'est pas une zone de non droit": le parquet a requis mardi des peines de prison, parfois assorties du sursis, contre l'ensemble des 13 prévenus jugés à Paris pour avoir pris part au cyberharcèlement en meute de l'ex-"reine des influenceurs" Magali Berdah.
"Insultes, menaces, propagation de rumeurs, incitation au suicide, publication de données personnelles: rien n'a été épargné" à Mme Berdah, a souligné dans son réquisitoire devant le tribunal correctionnel la substitut du procureur, Sophie Touchais.
Or "le cyberharcèlement ne s'arrête pas à internet, il s'infiltre dans votre vie et dans celle de vos proches" et "peut conduire au suicide", a-t-elle ajouté, évoquant les graves répercussions psychologiques de cette affaire pour la victime, venue raconter à la barre qu'elle avait été "à deux doigts de (se) jeter par la fenêtre".
La magistrate a en outre demandé au tribunal de contraindre tous les prévenus à suivre un stage de citoyenneté.
De telles réquisitions montrent qu'"on est à un tournant dans la prise de conscience de ce qu'est le cyberharcèlement et la gravité de ses conséquences", a commenté auprès de l'AFP, lors d'une suspension d'audience, l'une des avocates de Mme Berdah, Me Rachel-Flore Pardo.
La peine la plus lourde, soit un an de prison dont six mois avec sursis, a été requise contre un homme de 32 ans, qui avait écrit à la victime: "Dommage que Hitler ne s'est pas occupé de tes grands-parents".
Dans ce dossier, "l'antisémitisme et le sexisme ont agi comme un booster du cyberharcèlement", a observé devant le tribunal Me Pardo.
"Sale chienne", "arnaqueuse", "on viendra t'égorger chez toi", "tu mérites d'être décapitée et lapidée", "que ta fille meure"... Pendant quatre jours, le procès a permis d'évoquer la virulence des dizaines de milliers de messages reçus par Mme Berdah, 42 ans, dont la société Shauna Events - qui met en relation influenceurs et marques - a été au centre de polémiques.
Or "rien ne saurait justifier la violence, et certainement pas le comportement de la personne qui en est la cible", a commenté Me Pardo.
- Influenceurs et influencés -
Les controverses visant Mme Berdah ont notamment été relayées par le rappeur Booba - mis en examen dans ce dossier mais pas concerné par le procès en cours. Booba s'était lancé en 2022 dans une croisade contre Mme Berdah et ceux qu'il appelle les "influvoleurs", qu'il accuse de multiples arnaques au préjudice des internautes.
Dans une interview accordée à France 2 depuis son domicile de Floride, diffusée la semaine dernière, Booba a réitéré ses attaques contre Mme Berdah, qu'il a qualifiée de "démon". Il a également rejeté toute responsabilité dans les faits reprochés aux 13 prévenus de ce procès - et à 15 autres personnes, qui doivent être jugées pour des faits similaires, mi-décembre puis fin janvier.
"La seule responsable, c'est elle" (Magali Berdah), a-t-il affirmé, rejetant tout rôle de "chef de meute".
Pourtant, dans cette affaire, les prévenus sont eux-mêmes "influencés" par Booba, a estimé devant le tribunal l'avocat de l'un d'eux, Me Martin Méchin: le rappeur, sous prétexte de s'opposer aux "influvoleurs", "joue totalement le rôle d'un influenceur", selon lui.
Cela montre bien les mécanismes à l'oeuvre dans le cyberharcèlement, a-t-il relevé: son client a reconnu les faits et en a "honte", mais il a agi "dans le cadre d'un mouvement global". "On n'est plus vraiment soi-même, on suit un mouvement qui vous entraîne là vous ne seriez jamais allé", a résumé Me Méchin.
D'autres avocats de la défense ont plaidé la relaxe, soulignant qu'il n'était pas prouvé que leurs clients avaient connaissance que leurs propos, pris individuellement, caractérisaient une répétition - ce qui définit le cyberharcèlement, une infraction spécifique créée par une loi de 2018.
Le harcèlement, "quelques-uns l'ont voulu, d'autres l'ont fait, tous ont laissé faire", a observé l'un des avocats de Mme Berdah, Me Antonin Gravelin-Rodriguez, citant l'auteur latin Tacite.
"Aujourd'hui, vous jugez ceux qui l'ont fait", a-t-il dit aux juges. "Un jour, vous aurez à juger celui qui l'a voulu", a-t-il accusé, en référence à Booba.
G.M.Castelo--PC