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Procès Zepeda: la défense retarde l'interrogatoire du Chilien
L'interrogatoire de Nicolas Zepeda, l'un des moments les plus attendus de son procès en appel, n'a toujours pas débuté lundi après plusieurs demandes de ses avocats qui ont même sollicité le renvoi du procès du Chilien, rejugé devant les assises de la Haute-Saône pour l'assassinat de son ex-petite amie japonaise Narumi Kurosaki.
Dès l'ouverture de l'audience, Mes Renaud Portejoie et Sylvain Cormier ont demandé que le procès soit renvoyé, invoquant la déposition il y a une semaine et demie d'un enquêteur : les avocats se plaignaient d'avoir reçu la veille seulement "un document de 150 pages" présentant des différences avec la déposition orale de l'enquêteur.
En février, Nicolas Zepeda, fils d'un ex-haut cadre dans le secteur des télécoms, avait déjà obtenu le renvoi de son procès en appel après être arrivé à l'audience sans avocat.
Le policier avait notamment évoqué à la barre son utilisation d'un logiciel détecteur de VPN (système permettant une connexion réseau privée entre des appareils via internet) qui ne figurait ni dans la procédure, ni dans le document adressé en amont.
Ces éléments de géolocalisation sont importants, l'accusé étant soupçonné d'avoir pris le contrôle des comptes numériques de Narumi pour envoyer des messages à sa place et retarder les recherches après sa disparition.
"Les enquêteurs, fébriles, ont besoin (...) de rajouter de nouveaux actes d'enquête, ce qu'ils n'ont pas le droit de faire, c'est illégal", a estimé Me Cormier devant des journalistes.
- "Caricatural" -
Rejeté, a néanmoins conclu la cour après plus d'une heure de délibéré.
Me Portejoie se lève: "Je vois que l'enquêteur en question", Christophe Touris, "est dans la salle, nous demandons à ce qu'il soit entendu".
"C'est caricatural!", s'insurge l'avocat général, Etienne Manteaux, qui demande le rejet de la requête.
La demande est néanmoins accordée par la cour après quelques dizaines de minutes de délibéré. "Ce procès a pour objectif de parvenir à la manifestation de la vérité" et l'audition de cet enquêteur "n'aurait pour conséquence que de prolonger les débats", pointe le président de la cour François Arnaud.
"Dans ce cas, nous demandons une suspension", reprend Me Portejoie. Le président accède à sa requête: l'audience reprendra à 14H00.
En quelques demandes, Nicolas Zepeda a différé d'une matinée le début de son interrogatoire sur les faits, l'un des moments les plus attendus de ce nouveau procès qui promet d'être tendu.
Certes, depuis le début du procès le 4 décembre, le Chilien de 33 ans, a évolué dans sa version, concédant "quelques mensonges" : il a ainsi reconnu s'être volontairement rendu à la résidence universitaire où logeait Narumi à Besançon pour la rencontrer, alors qu'il plaidait jusqu'alors la rencontre fortuite.
Mais sur l'essentiel, c'est-à-dire sa culpabilité dans ce féminicide présumé, il n'a pas bougé d'un iota: il n'a pas assassiné Narumi, en dépit du faisceau d'indices qui lui a valu une condamnation en première instance à 28 ans de réclusion pour l'assassinat de la jeune femme.
- "Limites du dossier" -
Cette brillante étudiante japonaise de 21 ans a disparu le 5 décembre 2016. Son corps n'a jamais été retrouvé. Nicolas Zepeda, qui l'avait rencontrée en 2014 lorsqu'il étudiait l'économie au Japon, a rapidement été suspecté.
Pour l'accusation, ce Chilien décrit comme possessif et jaloux n'a pas supporté qu'elle mette fin à leur relation quelques semaines auparavant et l'a tuée en préméditant son acte: venu du Chili jusqu'en France, il a étouffé ou étranglé Narumi dans sa chambre universitaire avant de se débarrasser du corps.
"On a mis à plat" pendant deux semaines "les éléments de la procédure" qu'il faut désormais "soumettre à Nicolas Zepeda" pour qu'il s'explique dessus, a expliqué à l'AFP Renaud Portejoie, qui pointe avec Me Cormier les "limites du dossier".
On ne peut pas "faire comme si les éléments à charge n'existaient pas, je préfère qu'on s'y confronte" afin que M. Zepeda "puisse apporter des éléments de réponse, satisfaisants ou non", a-t-il estimé.
Jeudi, la deuxième semaine de ce procès s'était achevée dans le chaos, après une crise de larmes de l'accusé qui venait d'affirmer avoir été agressé par un surveillant à la prison de Besançon. Sa plainte avait été classée début 2022.
A.Santos--PC