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Immigration: le Parlement va voter, la crise couve au sein de la majorité
Le Sénat d'abord, puis l'Assemblée nationale dans un vote à l'issue incertaine, se prononcent mardi soir sur le projet de loi immigration âprement négocié par une commission de députés et sénateurs, alors que la crise couve au sein de la majorité d'Emmanuel Macron, très gênée par le soutien apporté par le Rassemblement national.
Stupeur mardi après-midi dans l'hémicycle. Au beau milieu d'une séance de questions au gouvernement électrique, la nouvelle tombe que le RN votera pour le texte issu de la Commission mixte paritaire (CMP).
Ce cénacle composé de sept députés et sept sénateurs venait d'annoncer être parvenu un accord sur un texte nettement durci et sans ambiguïté inspiré par la droite. Une victoire aux yeux des Républicains (LR) qui "imposent" ce texte "ferme et courageux", selon le patron du parti Éric Ciotti.
La majorité d'Emmanuel Macron va-t-elle accepter d'avaliser ce compromis, dénoncé comme "un grand moment de déshonneur pour le gouvernement" par le chef des députés socialistes Boris Vallaud ? Le malaise est perceptible dans les rangs de la macronie.
Selon des sources concordantes, François Bayrou n'acceptera pas un texte "revendiqué par le RN" sur l'immigration. Un ministre, sous couvert d'anonymat, explique à l'AFP n'être "pas du tout" à l'aise avec le dénouement et le vote du Rassemblement national.
Le "baiser de la mort", s'alarme un député Renaissance, macroniste de la première heure.
Le Sénat doit se prononcer à 19H00, l'Assemblée à 21H30. Au Palais-Bourbon, une motion de rejet a déjà été annoncée par le patron du PCF Fabien Roussel.
Numériquement, les voix du RN pourraient faire pencher la balance, mais politiquement l'équation à résoudre pour la majorité devient extrêmement délicate.
"On est dans la main du RN, on a perdu sur tous les tableaux" et Marine Le Pen "a tout gagné", s'exaspère une députée du groupe centriste. Son collègue Erwan Balanant a fait savoir à l'AFP qu'"à titre personnel", il ne voterait pas ce texte qui "ressemble de plus en plus à une compromission et pas à un compromis".
- "L'irréparable" -
Le groupe centriste Liot, qui ne fait pas partie de la majorité, mais dont le soutien était attendu par l'exécutif, devrait se partager entre votre pour, contre et abstention, "un tiers, un tiers, un tiers", selon un cadre du groupe.
"Quel spectacle donnons-nous ? Notre démocratie est malade", a déploré son président Bertrand Pancher en interpellant la Première ministre Élisabeth Borne lors des traditionnelles Questions au gouvernement.
Beaucoup plus offensif, le président du groupe communiste André Chassaigne a vertement critiqué les concessions faites aux droites: "Vous êtes sur le point de commettre l'irréparable (...) N’ajoutez pas le déshonneur à la compromission", a-t-il lancé à Élisabeth Borne.
"Sortez des slogans, des postures en voulant faire croire, en voulant faire l'amalgame entre notre texte et les positions de l'extrême droite", a répliqué la Première ministre, haussant la voix pour couvrir les protestations de la gauche.
Un compromis vient réduire à trois mois cette durée pour les étrangers qui travaillent, en exemptant de cette carence les étudiants et les réfugiés.
- "Besoin de main d’œuvre immigrée" -
Le camp présidentiel a validé plusieurs mesures réclamées par la droite, notamment des quotas d'immigration pluriannuels définis au Parlement, le rétablissement d'un délit de séjour irrégulier puni d'une amende. La CMP a également confirmé mardi après-midi que les régularisations de travailleurs sans-papiers se feront au cas par cas et sous la responsabilité des préfets.
Le gouvernement a par ailleurs répondu aux ultimatums des Républicains, avec notamment un engagement écrit à réformer l'aide médicale d’État "en début d’année 2024".
Pour le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, "le nouveau macronisme a pris le train piloté par l'extrême droite".
Présenté comme le vainqueur silencieux, le Rassemblement national savoure l'"énorme victoire" de voir "le principe de priorité nationale" désormais "communément admis", s'est félicité Renaud Labaye, secrétaire général du groupe RN à l'Assemblée et proche de Marine Le Pen.
C'est une "victoire idéologique", a revendiqué cette dernière.
Les opposants à un texte trop dur ont reçu mardi le soutien du Medef, par la voix de son patron Patrick Martin, qui a souligné que l'économie française aurait "massivement" besoin de "main-d’œuvre immigrée" dans les prochaines décennies.
Parallèlement, une cinquantaine d'associations, syndicats et ONG, dont la Ligue des droits de l'Homme, dénonçaient le texte "le plus régressif depuis au moins 40 ans" en France.
bur-parl-bpa/hr/vm
M.Carneiro--PC