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Face à la colère des agriculteurs, Gabriel Attal s'exprime à midi
Gabriel Attal s'exprimera à la mi-journée jeudi sur la crise des agriculteurs, dont la mobilisation ne faiblit pas pendant un sommet européen marqué par la démonstration de force d'un millier de tracteurs qui bloquent plusieurs rues de Bruxelles.
Le Premier ministre tiendra une conférence de presse à midi à Matignon pour répondre à leur colère en présence des ministres Bruno Le Maire (Economie), Marc Fesneau (Agriculture) et Christophe Béchu (Transition écologique), a appris l'AFP auprès des services du chef du gouvernement.
Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu dans la matinée avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen au sujet du "futur de l'agriculture européenne", selon l'Elysée, avant un sommet européen extraordinaire consacré au budget de l'UE et à l'aide à apporter à l'Ukraine.
Les aides dégagées mercredi par le gouvernement français comme les concessions de la Commission européenne - sur les jachères et les importations ukrainiennes - n'ont pas semblé trouver grâce aux yeux de la profession, également mobilisée en Italie, Espagne, Allemagne et depuis jeudi au Portugal.
"Mille tracteurs ou engins agricoles" bloquent plusieurs rues de la capitale belge, siège des institutions européennes, a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police, précisant que les manifestants provenaient essentiellement de Belgique. Les organisateurs ont expliqué vouloir dénoncer "les folies qui menacent l'agriculture".
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban est allé mercredi soir à Bruxelles à leur rencontre, estimant que c'était "une erreur de l'Europe de ne pas prendre au sérieux la voix du peuple".
- Calme à Rungis -
En France, la présidente du 2e syndicat agricole représentatif Coordination rurale (CR), Véronique Le Floc'h, a suggéré jeudi sur RMC aux agriculteurs "qui souhaitent monter sur Paris" de "venir à l'Assemblée nationale" afin que les députés "puissent venir à leur rencontre".
Le but est notamment, selon elle, de montrer leur soutien aux 91 personnes interpellées mercredi pour s'être introduites à pied dans l'enceinte du marché de gros de Rungis (Val-de-Marne). Toutes les gardes à vue ont été levées jeudi matin, a indiqué le parquet de Créteil.
Karine Duc, coprésidente de la CR du Lot-et-Garonne et parmi les personnes arrêtées, a comparé cette opération à "quasiment une rafle". "Si c'est la réponse qu'on donne aux paysans de France", a-t-elle déploré à la sortie de sa garde à vue.
Le calme régnait jeudi aux abords du marché de Rungis. Le convoi de tracteurs parti d'Agen lundi matin pour rejoindre ce lieu symbolique de l'alimentation, dont la progression a été bloquée à plusieurs reprises par les forces de l'ordre, s'est provisoirement replié vers le Loir-et-Cher jeudi matin, a indiqué à l'AFP un représentant de la CR.
En coulisses, le gouvernement consulte à tout-va pour trouver une sortie de crise.
Sur le barrage de Jossigny sur l’autoroute A4 en Seine-et-Marne, les agriculteurs sont "toujours mobilisés, dans l'attente des annonces qui pourraient venir aujourd'hui" de Bruxelles, a indiqué à l'AFP Samuel Vandaele, secrétaire général de la FDSEA 77, en expliquant qu'il s'organisaient "en roulement" pour tenir.
Dans le pays, plus de 150 rassemblements - barrages filtrants, blocages ou manifestations - ont été recensés mercredi, notamment autour d'Orange, Nîmes, Arles, Aix-en-Provence, Grenoble ou Nantes. A Lyon, l'encerclement de la métropole est quasi complet, mis à part un dernier nœud routier.
-"Insuffisantes"-
Face à la colère qui s'exprime sur tout le continent, la Commission européenne a proposé d'accorder pour 2024 une dérogation "partielle" aux obligations de jachères imposées par la PAC et envisage un mécanisme limitant les importations d'Ukraine (volaille, œufs et sucre).
Si Paris s'est félicité que Bruxelles ait "répondu aux demandes de la France", la dérogation intervient "tardivement" et les mesures sur les importations restent "insuffisantes", a regretté la présidente du Copa-Cogeca, organisation des syndicats agricoles majoritaires européens, Christiane Lambert.
Politique européenne trop complexe, revenus trop bas, inflation, concurrence étrangère, accumulation de normes, flambée des prix du carburant: les mêmes revendications se retrouvent dans la plupart des pays européens.
Un autre sujet de friction reste en suspens à Bruxelles: la Commission négocie actuellement un accord de libre-échange avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay) qui inquiète le secteur agricole et dont Paris ne veut pas en l'état actuel.
Les écologistes et de nombreux partis s'y opposent aussi. Mais en France, le patron du Medef Patrick Martin s'est en revanche montré favorable à cet accord, faisant valoir que les exportations françaises créaient de nombreux emplois.
M.A.Vaz--PC