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Malgré la manne pétrolière, la dégringolade du pouvoir d'achat des Libyens
Dans les supermarchés de Tripoli, certains clients comparent le prix des huiles ou des pâtes, d'autres délaissent la viande, trop chère. Le pouvoir d'achat des Libyens s'est effondré en raison d'une dévaluation de la monnaie et de salaires versés en retard malgré d'importants revenus pétroliers.
"La Libye connaît une situation critique avec la hausse des prix et une dévaluation de la monnaie avec un impact majeur sur le pouvoir d'achat des citoyens de plus en plus incapables de se procurer des produits de base", explique à l'AFP Aboubaker al-Tour, analyste économique.
"C'est difficile, toutes classes confondues, sauf les plus riches", souligne-t-il, évoquant aussi de nombreuses fermetures de PME et des licenciements.
A la sortie des magasins, les chariots ne sont plus aussi remplis qu'il y a quelques mois, les familles limitant leurs dépenses, même à l'approche du mois de jeûne du ramadan, qui commence le 10 ou 11 mars, marqué habituellement par une frénésie d'achats.
Principal motif de la chute du pouvoir d'achat: une flambée des prix des biens de consommation courante -- massivement importés en Libye -- due à une dévaluation du dinar libyen tombé actuellement à 7,5 dinars pour un dollar sur le marché parallèle contre 5 dinars pour un dollar jusqu'à récemment (et un taux officiel de 4,8 dinars).
La Libye peine à se relever du chaos provoqué par la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 à la suite d'une révolte populaire appuyée par l'Otan, et est divisée entre deux camps rivaux, respectivement basés dans l'ouest à Tripoli, et dans l'est à Benghazi, avec deux gouvernements parallèles.
Le chef de l'exécutif de Tripoli, reconnu par l'ONU, Abdelhamid Dbeibah, a assuré mardi, après un conseil des ministres, que son gouvernement "partageait les préoccupations des Libyens" et était "déterminé à ramener le dinar au niveau d'avant", évoquant "des complots ourdis pour exploiter les difficultés des gens", afin de "maintenir l'instabilité" dans le pays.
En réalité, la dévaluation du dinar sur le marché parallèle et une pénurie de liquidités dans les banques découlent en grande partie de décisions de la Banque centrale de Libye (BCL), selon des experts.
La BCL a notamment restreint les lettres de crédit à l'importation -- seul moyen légal pour un importateur voulant se procurer des produits en devises étrangères -- à l'achat à l'étranger de médicaments et de produits alimentaires. Ce qui a obligé les importateurs de voitures, machine-outils ou matériel de construction à se tourner vers le marché parallèle pour trouver des devises.
Facteur aggravant: la BCL a également fortement réduit le plafond pour l'achat de devises au taux officiel, passé de 10.000 dollars à 4.000 dollars, par personne et par an.
- Retraités très touchés -
Le pouvoir d'achat des ménages s'est écroulé aussi parce que les prix de denrées de base comme les pâtes, le riz, le sucre ou la farine, naguère largement subventionnés, sont désormais indexés sur le niveau du dollar sur le marché parallèle.
Forte des réserves d'hydrocarbures les plus abondantes du continent, la Libye ne manque pourtant pas de ressources avec environ 20 milliards de dollars par an de recettes nettes des exportations de pétrole et gaz, qui représentent environ 95% des revenus de l'Etat.
Plus de la moitié de ces fonds financent les salaires d'un Etat-providence qui emploie plus de 2,3 millions de fonctionnaires sur 7 millions d'habitants, selon des données officielles. Le reste de la manne pétrolière doit aussi couvrir les besoins des deux exécutifs parallèles, y compris celui de l'est, région sous contrôle du maréchal Khalifa Haftar.
Ces derniers temps, les salaires et pensions de retraite sont versés avec plusieurs mois de retard.
Ce sont "les retraités qui souffrent le plus", estime Mohamad al-Werfalli, un retraité de 65 ans, interrogé par l'AFP pendant que son épouse termine ses courses dans un hypermarché du centre de Tripoli.
"Nos pensions ont baissé en valeur, surtout pour les fonctionnaires" qui "passent (aussi) leur temps à attendre que les retraites soient versées", assure-t-il.
Pour Mohamad al-Wehechi, 29 ans, qui travaille à son compte, viandes, volailles et autres produits sont devenus tellement chers "qu'on doit se contenter du minimum et se nourrir au jour le jour".
"Avec un salaire de 700 dinars (environ 135 euros au taux officiel), on va bientôt devoir se passer de viandes", ajoute-il.
E.Ramalho--PC