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Affaire Adèle Haenel: Christophe Ruggia condamné à deux ans de bracelet électronique
Le réalisateur Christophe Ruggia a été reconnu coupable lundi d'avoir agressé sexuellement l'actrice Adèle Haenel quand elle avait entre 12 et 14 ans, et condamné par le tribunal correctionnel de Paris à quatre ans de prison dont deux ferme à effectuer sous bracelet électronique.
L'ex-actrice de 35 ans, visiblement nerveuse avant le jugement, n'a pas réagi à l'annonce du délibéré, esquissant seulement après quelques minutes un sourire de soulagement.
Christophe Ruggia, 60 ans, costume gris et qui a évité de la regarder comme pendant le procès en décembre, n'a pas montré de réaction.
Ses avocates ont aussitôt annoncé faire appel de cette condamnation "injustifiée" et "dangereuse".
A sa sortie de la salle d'audience, Adèle Haenel a été longuement applaudie, et accueillie par des cris de joie et des "bravos".
Costume gris sur une chemise verte, celle qui s'est depuis mise en retrait du cinéma était arrivée en avance dans la salle, faisant nerveusement les cent pas en attendant l'ouverture de l'audience.
"Après en avoir délibéré, et longuement délibéré", dit le président en appelant Christophe Ruggia à la barre, "le tribunal vous a déclaré coupable des faits qui vous sont reprochés".
Quelques débuts d'applaudissements se font entendre dans la salle comble, que le président réprime aussitôt: "non, pas de manifestation d'opinion".
"Vous avez profité de l'ascendance que vous aviez sur la jeune actrice", une "conséquence de la relation instaurée" pendant le tournage du film Les Diables, dans lequel le réalisateur avait fait jouer Adèle Haenel à 12 ans pour son premier film.
Le tribunal a rappelé les témoignages des adultes sur le plateau, mal à l'aise face à son comportement "inadapté". Une fois le tournage terminé et dans son "prolongement" et "quasiment tous les samedis-après-midi" pendant les années de troisième et quatrième de l'adolescente, Christophe Ruggia avait "adopté des gestes et attitudes sexualisées", a aussi expliqué le président.
Le tribunal l'a aussi condamné à indemniser Adèle Haenel à hauteur de 15.000 euros pour son préjudice moral, et 20.000 pour ses années de suivi psychologique.
- "Toutes les femmes" -
Une dizaine de personnes avait brièvement manifesté sur le parvis du tribunal avant le rendu de la décision pour soutenir Adèle Haenel, dont l'actrice Judith Godrèche, elle-même devenue figure du mouvement MeToo en France. "C'est important d'être là pour soutenir Adèle et toutes les femmes qui essaient de se battre face a une justice qui parfois les abandonnent", a-telle déclaré à la presse avant de rejoindre la salle d'audience, où elle s'est assise parmi le public.
A l'issue de deux jours d'un procès intense, l'accusation avait requis le 10 décembre une peine un peu plus lourde, cinq ans de prison, dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique à l'encontre du réalisateur, qui a contesté jusqu'au bout avoir agressé Adèle Haenel.
Adèle Haenel avait joué le rôle principal de son film "Les Diables" en 2001, une histoire de fugue perpétuelle d'un frère et d'une soeur qui tourne à l'inceste, avec des scènes de sexe entre les enfants et de longs gros plans sur le corps nu d'Adèle Haenel.
Les agressions sexuelles qu'a dénoncées Adèle Haenel - publiquement dans Mediapart en 2019, déclenchant #Metoo dans le cinéma français - avaient débuté chez le réalisateur, après le tournage du film sous couvert de préparation de sa promotion.
A la barre, l'actrice avait décrit le processus toujours identique des agressions. Elle assise sur le canapé, lui qui vient "se coller" l'air de rien au fil de la conversation parce que "ma puce (t'es) vraiment trop drôle". Puis les mains qui passent sous le T-shirt, dans son pantalon.
L'actrice qui avait péniblement contenu sa rage face aux dénégations répétées de Christophe Ruggia, se contentant de le fixer d'un regard noir qu'il évitait, avait fini par exploser la seconde après-midi de procès.
Bondissant de son siège et dans un cri venu de loin, elle avait hurlé "mais ferme ta gueule !", frappant des mains sur la table devant elle, figeant pendant quelques secondes une salle d'audience habituellement plus policée.
Elle avait ensuite quitté la salle, comme en écho à son départ de la cérémonie des César en 2020 après le prix du meilleur réalisateur décerné à Roman Polanski, un geste qui l'avait érigée en symbole des féministes.
P.Sousa--PC