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En Ukraine, la Saint-Valentin des sanglots
Pour la Saint-Valentin, Natalia n'a que la tombe de son mari Vassyl, soldat ukrainien tombé au front puis enterré à Lviv. Et un beau livre de poèmes pourpre, qu'elle tient entre ses mains.
"Je le lui avais offert comme cadeau d'anniversaire de mariage. Un mois plus tard, il était parti", dit vendredi cette femme blonde, en larmes, au cimetière.
Avec Vassyl, ils ont partagé 21 ans de leur vie, et fait trois enfants. Le plus jeune n'a que 6 ans.
Son mari était un écrivain, un passionné de lecture. Comme il n'a pas eu le temps de profiter de ce dernier cadeau, "je viens le lui lire", explique-t-elle.
Natalia, cheveux blonds, doudoune noire et yeux rouges, lit un vers qu'elle lui répétait autrefois par coeur. "Donc, personne n'a aimé."
Dans le livre, une rose jaune séchée. La même couleur que celles qui décorent sa tombe.
- "Je ne le verrai plus" -
Dans ce cimetière de l'ouest de l'Ukraine, elle n'est pas la seule veuve de soldat.
Des ballons rouges en forme de coeur et des peluches viennent décorer les tombes, en plus des drapeaux ukrainiens d'usage pour les militaires.
Maria a perdu son mari, Andriï, le 24 décembre dernier.
Ensemble, ils ne fêtaient jamais la Saint-Valentin, cette "ruse de marketing", dit-elle. "Mais aujourd'hui, je ne sais pas, j'ai voulu venir", reprend-elle.
Tout ça est "injuste", dit Maria.
"Au lieu d'avoir une bonne et belle vie, comme avant cette guerre, maintenant, on n'a plus qu'une tombe au cimetière."
Une autre veuve, qui s'appelle aussi Natalia, attache un petit coeur aux fleurs déposées sur une tombe.
Son mari est mort dans une frappe de drones, qui a brûlé sa voiture.
"Je n'arrive pas à me faire à l'idée qu'il n'est plus là, que je ne l'entendrai plus, que je ne le verrai plus", dit Natalia.
"Mon mari m'aimait beaucoup, il m'appelait tout le temps", ajoute-t-elle. "Il m'aurait souhaité (la Saint-Valentin) aujourd'hui s'il était vivant".
- Macarons et roses -
De l'autre côté du pays, dans la région orientale de Donetsk où l'essentiel des combats se déroulent, Iaroslav, soignant militaire de 30 ans, s'apprêtait lui jeudi à passer une troisième Saint-Valentin sans sa femme.
Malgré la distance, il reste attaché à cette tradition. "Que ce soit un jour de fête, c'est tout. La guerre, c'est la guerre, il y aura toujours des temps difficiles", dit le soldat aux yeux bleus perçants dans une rue de Kramatorsk.
Son sac kaki contient des biens précieux. Des macarons débordants de ganache, envoyés depuis Kiev par sa compagne, qui sait qu'il s'agit de ses gourmandises préférées.
Lui et ses camarades ont aussi envoyé en retour "des fleurs, des sucreries". Par la poste ou par coursier, à défaut de pouvoir les donner en main propre.
Iaroslav n'a pas vu sa femme depuis trois mois, et devra probablement encore attendre trois mois.
Chaque au revoir est difficile. "C'est triste de la quitter, c'est triste de revenir ici", dit-il pudiquement.
Si elle était avec lui pour la Saint Valentin, "on ne parlerait probablement pas, on se prendrait juste dans les bras, c'est tout."
Un peu plus loin, Olga Volodiouk, fleuriste, attend les amoureux qui ne viennent pas.
"Le marché est vide", se désole cette coquette Ukrainienne, assise devant son magasin et emmitouflée dans sa doudoune rose. Elle accuse les frappes, de plus en plus fréquentes à Kramatorsk.
Les magasins débordent pourtant d'oursons en peluche et de décorations colorées. Les autres années, ils avaient attiré plus de monde, selon Olga Volodiouk.
Cette fois, hormis les macarons de Iaroslav et les roses solitaires d'Olga, la Saint-Valentin est loin des esprits.
Kramatorsk, base de l'armée ukrainienne, est la cible d'attaques qui se multiplient. La grande ville est l'une des dernières du Donbass à rester sous contrôle ukrainien.
"Il y a eu des explosions aujourd'hui", reprend Olga Volodiouk. "Il n'y a déjà pas de file d'attente pour acheter le pain, donc pour acheter les fleurs, encore moins."
P.Queiroz--PC