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En Irak, des briquetiers "fatigués" mais sans alternative
A l'aube, Dalia et Rukaya Ghali, deux jeunes soeurs, chargent un âne de lourdes briques. Couvertes de saleté, elles travaillent dur pendant des heures dans une briqueterie irakienne pour subvenir aux besoins de leur famille nombreuse.
En Irak, des centaines de jeunes, et parfois des enfants âgés d'à peine dix ans, doivent abandonner l'école et travailler dans des briqueteries alimentées au pétrole pour aider leurs proches à joindre les deux bouts.
"Je suis très fatiguée, mais que pouvons-nous faire d'autre?", interroge Dalia Ghali, 17 ans, le visage couvert d'un foulard pour se protéger de la fumée et de la poussière saturant l'air près de la ville d'al-Kifl, à quelque 145 kilomètres au sud de Bagdad, dans la province de Babylone.
"Sans moi et ma soeur, notre famille n'aurait pas pu survivre", ajoute-t-elle au côté de sa cadette, âgée de 16 ans.
Selon les autorités, près de 17% des 45 millions d'Irakiens vivent dans la pauvreté, Babylone étant la deuxième province dans la situation la plus précaire.
La misère a poussé 5% des enfants au travail dans le pays, riche en pétrole, selon une étude de l'ONU, dont Dalia, qui a commencé à travailler à l'âge de dix ans.
Pour environ sept à huit heures de travail quotidiennes, six jours sur sept, elle gagne environ 75 euros par semaine, juste assez pour permettre à deux de ses frères et soeurs de rester à l'école.
Les briqueteries brûlent du mazout lourd, riche en soufre, causant des maladies respiratoires. La poussière dégagée abîme aussi les poumons des ouvriers, souvent touchés par des éruptions cutanées et une toux persistante.
Les autorités ont demandé aux briqueteries de cesser progressivement d'utiliser du mazout lourd et ont fermé 111 usines près de Bagdad en 2024 pour non-respect des normes environnementales.
- Manque de "soutien" -
En été, les ouvriers débutent à minuit pour éviter la chaleur torride.
Les femmes et les enfants chargent l'argile moulée sur une charrette tirée par un âne, puis l'acheminent vers un four en forme de dôme, où plusieurs hommes la déchargent pour le remplir.
L'oncle de Dalia, Atiya Ghali, a commencé dans des briqueteries à l'âge de 12 ans et supervise aujourd'hui des dizaines d'ouvriers.
Chaque été, les ouvriers, dont M. Ghali, s'installent avec leur famille dans de petites pièces en argile au sein de l'usine pour échapper aux longues coupures d'électricité et aux pénuries d'eau chez eux.
"Nos salaires sont insuffisants et les autorités ne nous soutiennent pas", estime l'homme de 43 ans, soulignant que tout le monde ne pouvait pas avoir un "travail aussi dur".
Malgré des conditions de vie difficiles, M. Ghali, qui n'a jamais eu d'autre emploi, se dit toutefois prêt à travailler "toute (sa) vie" dans cette usine, n'ayant pas d'autre source de revenus.
Sa femme Tahrir, 35 ans, travaille souvent avec lui mais refuse d'amener ses six enfants à l'usine comme leurs cousines.
"Je veux qu'ils deviennent médecins."
- Certains "sont morts" -
Chaque matin, Sabah Mahdi, 33 ans, part travailler avec l'angoisse constante du risque d'accidents liés à son métier.
"Certains ont été blessés et d'autres sont morts", assure-t-il, évoquant le décès d'un collègue coincé dans une machine à couper les briques et d'un autre brûlé dans le four.
En 2024, 28 briquetiers ont perdu la vie et 80 ont été blessés dans le centre et le sud de l'Irak, victimes d'explosions de réservoirs, d'incendies et de l'effondrement de plafonds, ont rapporté des sources médicales à l'AFP.
Malgré le danger, de nombreux ouvriers ont appelé les autorités à ne pas fermer les usines, pour beaucoup leur seule source de revenus, tout en demandant des améliorations des conditions de travail et leur inclusion dans les régimes de sécurité sociale.
Hamza Saghir, 30 ans, tousse sans relâche depuis des années. Son médecin lui a conseillé de trouver un nouvel emploi "loin de la poussière et de la chaleur".
Il rêve depuis longtemps de devenir chauffeur de taxi et de "construire une maison". Mais avec son maigre salaire, il peut à peine subvenir aux besoins de sa famille de 15 personnes.
Selon lui, il n'a pas le choix.
"Je ne sais ni lire ni écrire. Je ne peux pas quitter mon travail."
O.Salvador--PC