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Amérique latine: déjà fragilisée par la Chine, la sidérurgie redoute l'effet des taxes Trump
En 2024, la plus grande aciérie du Chili a fermé ses portes, terrassée par l'acier bon marché en provenance de Chine. Six mois plus tard, les droits de douane imposés de Donald Trump menacent 1,4 million d'emplois dans l'industrie sidérurgique en Amérique latine.
En septembre dernier, les hauts fourneaux de Huachipato, au sud-est de Santiago, se sont éteints, mettant un terme à 75 ans de production d'acier.
L'acier chinois étant 40% moins cher que le chilien, la concurrence était devenue impossible malgré les surtaxes imposées par les autorités.
Déjà menacée par la Chine, l'industrie latino-américaine de l'acier doit maintenant faire face aux 25% de taxes à l'importation que le président américain Donald Trump lui impose depuis le 12 mars dernier.
Comme lors de son premier mandat (2017-2021), M. Trump aspire à protéger l'industrie américaine de l'acier en renchérissant le métal importé.
Mais avec ces taxes, les producteurs latino-américains ne perdront pas seulement accès au marché américain, ils risquent également de voir les arrivées d'acier chinois redoubler dans leur propre région.
Ezequiel Tavernelli, directeur exécutif de l'association Alacero, qui regroupe les producteurs latino-américains, prévoit ainsi "une inondation d'acier due au détournement du commerce de cet acier qui allait aux Etats-Unis (...) vers des régions moins protégées (et) avec moins de capacité de défense", comme l'Amérique latine.
De façon générale, "le principal problème de notre région, tout comme celui des Etats-Unis, réside dans la surcapacité de (production d') acier mondial", souligne-t-il.
Et "l'un des pays qui a la plus grande surcapacité et qui inonde nos marchés d'acier est la Chine, et en plus elle le fait de manière déloyale", avec des prix en dessous du coût de revient grâce à des subventions allant de l'énergie aux crédits, souligne le dirigeant.
Sur une production mondiale annuelle de 2,48 milliards de tonnes d'acier, la Chine produit 1,14 milliard de tonnes, soit plus de 45%. Selon Alacero, le géant asiatique déverse sur le marché international quelque 140 millions de tonnes à des prix cassés, soit 23% des 600 millions de tonnes de surcapacité mondiale.
- "Régionalisation" -
Les Etats-Unis importent 25 millions de tonnes d'acier par an. Le Canada est leur principal fournisseur, suivi du Brésil et du Mexique, chacun avec des produits différenciés destinés à l'automobile ou la construction.
L'industrie américaine de l'acier "a besoin de s'approvisionner" en produits avec "des technologies spéciales (...), des aciers qu'elle a toujours achetés en Amérique latine, tant au Mexique qu'au Brésil", entre autres, veut croire M. Tavernelli.
Il soutient que la "régionalisation" de la chaîne de production, avec les Etats-Unis faisant appel à l'acier produit par ses voisins, est "la meilleure action de défense contre le commerce déloyal de la Chine et des pays d'Asie du Sud-Est".
Dans la même veine, au Mexique, la Chambre nationale de l'Industrie du Fer et de l'Acier (Canacero) a rappelé en février "le haut niveau d'intégration productive" entre les industries mexicaine et américaine, et a déclaré que "le bénéfice régional doit être une priorité face à la menace de l'excès de capacité de la Chine et de l'Asie du Sud-Est".
Même son de cloche du côté de la Chambre argentine de l'Acier (CAA), qui dit comprendre la "nécessité de mettre en place des mesures de défense contre la concurrence déloyale face à l'avancée de la Chine en tant que principal producteur d'acier au monde", tout en appelant à une réponse "coordonnée".
- Fermetures -
Depuis trois ans, la production d'acier en Amérique latine est en repli constant. En 2024, elle a atteint 56 millions de tonnes pour une consommation de 73 millions de tonnes.
Et la part de la Chine dans le total consommé dans la région est de plus en plus grande. En 2000, la Chine exportait en Amérique latine moins de 100.000 tonnes d'acier par an. "Aujourd'hui, elle est au-dessus de 14 millions" de tonnes, et "la croissance est exponentielle", souligne M. Tavernelli.
Dans ce contexte, le risque est important qu'il y ait d'autres Huachipato, avec "des entreprises historiques (...) avec une grande expertise, (qui) perdent et doivent fermer", avertit-il.
T.Batista--PC