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Quand industriels canadiens et européens se serrent les coudes face à Donald Trump
Faire entrer le Canada dans l'Union Européenne ? "Ce serait génial", imagine Chris Wyatt, directeur des ventes d'une petite aciérie de l'Ontario résolu à se rapprocher du Vieux Continent afin de survivre à la guerre commerciale lancée par Donald Trump.
L'entrepreneur canadien a pris son bâton de pèlerin. A la foire de Hanovre, en Allemagne, plus grand salon mondial des technologies industrielles, Chris Wyatt va à la chasse aux clients, muni de flyers et d'un tout petit stand, au milieu des grands noms de la robotique ou des machines.
Le rendez-vous, qui attire cette semaine plus de 4.000 exposants d'une soixantaine de pays, coïncide avec l'entrée en vigueur, mercredi, de nouveaux droits de douanes sur les produits entrant aux Etats-Unis.
Signal hautement politique, le Canada est l'invité d'honneur de cette édition : "Bienvenue chez des amis (...) nous sommes à vos côtés", a lancé le chancelier allemand Olaf Scholz lors de l'inauguration, soulignant le front uni entre Européens et Canadiens face à l'administration Trump.
- Menace sur les valves -
Kubes Steel, l'entreprise de Chris Wyatt, exporte chez son voisin américain 80% de sa production, de l'acier sur mesure pour l'industrie sidérurgique ou le secteur nucléaire.
Mais depuis le 12 mars, des droits de douane de 25% s'appliquent sur les importations américaines d'acier. Donald Trump a menacé de les porter à 50% contre Ottawa.
"Nous sommes bien sûr préoccupés et il y a une grande incertitude. Nos grands projets sont mis sur la touche", s'inquiète le responsable dont la société emploie 80 personnes.
Lundi, il a notamment pris contact sur le salon avec des entreprises espagnoles de transport, peut-être de futurs clients.
Sans aller jusqu'à évoquer l'adhésion du Canada à l'UE - hypothèse avancée avec humour par certains commentateurs ces dernières semaines-, Olaf Scholz a appelé à renforcer les liens commerciaux entre deux entités qui "se complètent presque idéalement" dans la construction de machines, l'IA, les énergies renouvelables ou l'électromobilité.
Une solidarité économique pour mieux résister à la vague de droits de douane qui fait trembler l'industrie allemande, déjà en crise.
L'administration américaine s'apprête ainsi à taxer à hauteur de 25% les importations de voitures étrangères, secteur phare pour la première économie européenne.
Une sombre nouvelle pour Milko Konzelmann, patron d'une entreprise familiale allemande qui vend un quart de sa production aux États-Unis.
A Hanovre, la société expose de petites pièces plastique roses et violettes ainsi que des valves couleur acier, de précieux composants pour les moteurs des voitures qui pourraient tomber sous le coup des nouvelles barrières douanières.
- "Je vais perdre de l'argent" -
M. Konzelmann attend de "voir combien de temps Donald Trump maintient cette stratégie", qu'il qualifie de "but contre son camp".
Si elle n'a d'autre choix, l'entreprise de Löchgau, dans l'ouest de l'Allemagne, se tournera davantage vers les pays asiatiques, dont les industriels sont présents en nombre sur le salon de Hanovre.
Pourquoi ne pas déplacer la production de Konzelmann aux États-Unis? "Cela prendrait des années, c'est une grande décision à prendre pour une entreprise moyenne" de 300 salariés, explique le patron.
"L'ambiance est pesante" dans le secteur automobile, confirme Oke Beckmann de GP Joule, fournisseur d'énergie allemand et producteur d'installations renouvelables, qui conseille notamment les constructeurs automobiles.
Dell, IBM, Microsoft, Nvidia... les industriels américains ne se cachent pas dans les allées de la foire et certains assument même crânement la politique douanière de Donald Trump, obsédé par l'idée de rééquilibrer les échanges commerciaux des Etats-Unis avec l'Europe.
"Nous devons être en mesure de rivaliser et nous ne pouvons pas jouer à un jeu où Européens et Asiatiques nous vendent mais ne nous achètent rien", assure ainsi Ryan Mosher, venu vendre ses compresseurs à airs.
Représentant de Conrader, une PME de Pennsylvanie, il reste néanmoins lucide sur les conséquences des droits de douanes : "je vais perdre pas mal d'argent".
Tout aussi réaliste, Suzanne Stewart, une industrielle du Texas, reconnaît que pour fabriquer ses toiles tissées en métal, son entreprise a besoin d'importer des matériaux.
Les droits de douane, "c'est une situation un peu étrange pour nous. Pour certains produits, cela nous oblige à utiliser des produits fabriqués aux États-Unis, mais en réalité, tout n'est pas disponible aux États-Unis".
Ferreira--PC