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La hausse des droits de douane aux Etats-Unis fragilise encore l'armagnac
La menace de droits de douane à 200% sur les alcools européens brandie par Donald Trump semble écartée, mais les producteurs d'armagnac, le "petit frère" du cognac, déjà fragilisés par des restrictions à l'importation de la Chine, auront aussi plus de mal à accéder au marché américain.
"La situation reste très compliquée. Nous ne sommes pas encore sortis du conflit des taxes antidumping chinoises et nous allons rentrer dans un conflit avec notre autre grand marché, les États-Unis", résume Olivier Goujon, directeur du Bureau national interprofessionnel de l'armagnac (BNIA), devant des dizaines de barriques remplies de cette eau-de-vie de vin, dans une propriété du Gers.
A quelques kilomètres de là, dans un hangar situé sur la commune de Lannepax et appartenant au producteur Armagnac Delord, un de ses deux propriétaires, Jérôme Delord, déballe un gros fût de chêne flambant neuf, devant d'imposants alambics qui servent à la distillation.
- Philosophe -
Il se montre nettement plus philosophe: "Forcément, on est inquiet. Après, ce n'est pas la première fois qu'il se passe des choses un peu contraignantes".
Arrière-petits-fils d'un distillateur ambulant qui parcourait les villages avec son alambic vers la fin du XIXe siècle, Jérôme et son frère Sylvain possédaient 11 hectares de vignobles en 2001 quand ils ont repris l'entreprise familiale, dirigée jusque-là par leur père. Elle comptait alors six salariés.
Presque un quart de siècle plus tard, le nombre d'hectares dépasse la soixantaine pour 17 salariés permanents et l'équivalent de deux autres postes à temps plein, occupés notamment par des travailleurs saisonniers.
Le chiffre d'affaires est d'environ 6,5 millions d'euros, dont 20% de ventes en France et 10% aux Etats-Unis, sur "un marché à l'exportation qui a progressé", indique M. Delord, dans un autre hangar où la chaîne d'embouteillage déplace cette fois-ci des bocaux avec des pruneaux d'Agen à l'armagnac.
Mi-mars, Donald Trump avait brandi la menace d'imposer des droits de douane de 200% sur les alcools européens si l'UE ne renonçait pas à taxer le bourbon américain, comme elle le prévoit en rétorsion aux surtaxes sur l'acier et l'aluminium fixées par le président des Etats-Unis.
Mercredi, le président américain a notamment annoncé une mise en place de droits de douane additionnels de 20% pour l'ensemble des produits de l'UE, touchant donc aussi les alcools, comme l'armagnac, dont le chiffre d'affaires global a atteint près de 44 millions d'euros en 2024.
"Lorsqu'une taxe de 20% va être appliquée sur nos armagnacs, un produit qui partira à 100 dollars de l'Armagnac, arrivera à 120 dollars sur le marché", précise M. Goujon, avant d'ajouter en guise de conclusion: "Ca déstabilise les produits qui sont sur le marché".
- "Continuer à produire" -
Selon les chiffres du BNIA, la Russie est aujourd'hui le principal pays importateur, avec 24% de la valeur totale des exportations, suivie des Etats-Unis (14%) et de la Chine (8%), dont les importations ont baissé de 38% en un an.
Depuis octobre, les exportations européennes de brandy, dont l'armagnac et le cognac, qui représente l'immense majorité, sont soumises à une caution bancaire par les douanes chinoises. En outre, souligne M. Goujon, le ralentissement de la croissance chinoise affecte aussi les importations.
Malgré ce contexte, Jérôme Delord "croit à l'armagnac": "Il y a des marchés qui vont tomber, il y a des marchés qui vont monter, mais nous, on a besoin de continuer à produire".
Ce digestif ambré d'au moins 40 degrés doit vieillir pendant plusieurs années. Un processus de fabrication qui remonte au moins à 1310, date d'un écrit qui vante ses 40 vertus, tient-il à rappeler.
"On aime dire que c'est la plus vieille eau-de-vie de vin de France. Et personne ne dit l'inverse", ajoute-t-il souriant.
P.Sousa--PC