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Avec ses droits de douane, Trump foudroie l'économie mondiale
Les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis cherchent la parade jeudi face au coup de massue sur les droits de douane infligé par Donald Trump, qui provoque un vent de panique sur les marchés.
Le président américain a balayé les inquiétudes jeudi en affirmant que les Etats-Unis en ressortiraient "plus forts" qu'avant, et que les marchés financiers allaient bientôt "prospérer".
Mais dans l'immédiat, c'est la gueule de bois à Wall Street, où les ménages américains placent massivement leur épargne.
Des milliards de dollars d'actions sont partis en fumée: - 5,16% pour l'indice Nasdaq, -4,12% pour l'indice élargi S&P 500 vers 19H05 GMT.
Les entreprises fuies par les investisseurs sont celles dont le modèle de production est en péril en raison de leur dépendance aux importations en provenance d'Asie. Comme l'habillement (Gap, -20,33%) ou la tech (Apple, -9,40%).
Les nouveaux droits de douane sont particulièrement punitifs pour la Chine (qui, précédemment visée, verra au total les taxes sur ses produits augmenter de +54%), le Cambodge (+49%), le Vietnam (+46%) ou encore le Bangladesh (+37%).
Symptôme des fortes inquiétudes sur un ralentissement économique à venir, le pétrole a reculé de plus de 6% et l'or, actif refuge, a connu de nouveaux sommets.
Les marchés asiatiques et européens ont chuté lourdement pendant la journée (-2,77% à Tokyo, -3,31% à Paris).
Cette nouvelle salve arrive après d'autres, plus ciblées: +25% sur l'acier et l'aluminium, mais aussi depuis ce jeudi +25% sur les voitures importées aux Etats-Unis.
- Le Lesotho en route pour Washington -
Stupéfaits par l'ampleur de l'offensive américaine, qui rebat les cartes du commerce mondial, les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis se sont globalement abstenus de jeter immédiatement de l'huile de feu.
La présidence américaine a laissé la porte ouverte à des négociations et mis en garde contre toute velléité de représailles sur les exportations américaines, au risque d'une sanction douanière supplémentaire.
Tandis que le président français, Emmanuel Macron, a esquissé une riposte graduée, la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a estimé jeudi soir qu'il fallait avoir pour objectif de "supprimer" les droits de douane", "pas (de) les multiplier" par une surenchère de part et d'autre de l'Atlantique.
Le Lesotho a annoncé jeudi qu'il allait envoyer une délégation gouvernementale aux États-Unis pour plaider sa cause.
Le petit royaume enclavé d'Afrique australe est censé payer la plus lourde addition, +50% de droits de douane, avec l'archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon auquel la présidence américaine a réservé un traitement à part.
Mais le voisin des Etats-Unis paie tout de même un tribut croissant dans la guerre commerciale enclenchée par Washington, avec des surtaxes qui touchent déjà une partie de ses exportations. Ottawa a décidé jeudi de taxer en retour certaines voitures américaines.
- "Masochistes" -
L'offensive protectionniste de la Maison Blanche, sans équivalent depuis les années 1930, passe par un droit de douane généralisé d'au moins 10% sur toutes les importations à partir du 5 avril à 04H01 GMT. Des majorations sont prévues à partir du 9 avril pour les pays jugés particulièrement hostiles en matière commerciale.
Les marchandises de l'UE prendront ainsi par exemple 20% de taxes additionnelles, s'ajoutant aux droits de douane déjà en vigueur.
Les surtaxes américaines pourraient réduire d'"environ 1%" le commerce mondial de marchandises en volume cette année, a affirmé jeudi la directrice générale de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala.
"Les droits de douane de Trump sont les plus coûteux et les plus masochistes que les États-Unis aient appliqués depuis des décennies", a fustigé jeudi sur X Larry Summers, l'ancien ministre des Finances sous Bill Clinton.
La surtaxe sur l'automobile, entrée en vigueur jeudi, a déjà fait ses premières victimes avec l'annonce par Stellantis d'une suspension de la production dans certaines usines au Canada et Mexique.
Donald Trump présente les droits de douane comme une baguette magique capable de réindustrialiser le pays, de rééquilibrer la balance commerciale et d'éponger le déficit budgétaire, à rebours de la plupart des économistes qui anticipent de lourdes conséquences pour l'économie américaine.
F.Moura--PC