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Droits de douane: les calculs de Trump médusent les économistes
Un calcul qui relève de "l'astrologie"? Les économistes semblent médusés jeudi par la formule retenue par l'administration Trump pour évaluer les droits de douane imposés par les Etats-Unis au reste du monde.
"Ceci est à l'économie ce que le créationnisme est à la biologie et l'astrologie à l'astronomie", s'est moqué l'ancien secrétaire au Trésor Larry Summers sur le réseau X.
Le président Donald Trump a annoncé mercredi une vague de droits de douane sans précédent sur les importations américaines, allant d'un plancher de 10% pour tous, à 50% pour un pays pauvre comme le Lesotho.
A l'appui de sa décision, le patron de la Maison Blanche a présenté un tableau en deux colonnes, listant à gauche les droits de douane appliqués selon lui aux exportations américaines par les partenaires commerciaux de Washington, et à droite les nouveaux droits de douane qui seront imposés par les Etats-Unis à partir de samedi à chaque pays.
Par "gentillesse", comme l'a expliqué M. Trump, les nouveaux tarifs douaniers seront inférieurs de moitié environ aux taux pratiqués selon Washington par les pays étrangers.
Par exemple, la Maison Blanche a calculé que l'Union européenne taxait les importations américaines à hauteur de 39%. En réponse, les Etats-Unis entendent donc désormais taxer les exportations de l'UE à 20%.
Le problème, c'est que le calcul ne correspond pas du tout aux statistiques de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Selon cette dernière, l'UE pratique en moyenne un tarif douanier de 1,7%, très loin des 39% avancés par Donald Trump.
En ce qui concerne la Chine, elle taxerait, selon la Maison Blanche, à hauteur de 67% les produits américains. Mais elle appliquait en 2024 un tarif douanier moyen de 4,9%, d'après l'OMC.
- 'Stupide' -
Pour son calcul, la Maison Blanche affirme avoir pris en compte d'autres barrières commerciales que les simples droits de douane - citant notamment les normes environnementales ou la manipulation des taux de change. Mais il est difficile de comprendre comment de telles barrières non tarifaires peuvent se traduire en chiffres.
Le représentant américain au Commerce a publié une formule aux multiples variables exprimées en lettres grecques.
L'administration Trump a divisé sa balance commerciale (la différence entre importations et exportations) par la valeur des importations - et ce quel que soit le pays. Un calcul qui ne prend pas en compte les spécificités des liens commerciaux.
"La formule se fonde sur la valeur relative de l'excédent commercial avec les Etats-Unis", confirment les économistes de Deutsche Bank.
"Cette approche est tellement pleine d'erreurs qu'il est difficile de savoir par où commencer", a estimé le prix Nobel d'économie Paul Krugman sur son blog. Il a souligné que les calculs prenaient en compte uniquement les biens échangés, omettant les services.
Au final, cette méthode est "stupide", tranche-t-il.
En appliquant la formule publiée par l'administration aux statistiques américaines de 2024, l'AFP a obtenu les chiffres présentés par le président américain. Les nouveaux droits de douane annoncés pour chaque pays correspondent à ce résultat, divisé par deux.
Si la formule donne moins de 10%, ou en cas d'excédent commercial, les Etats-Unis appliquent uniformément un taux plancher de 10%. C'est le cas pour plus d'une centaine de pays ou territoires, dont le Royaume-Uni et l'Australie.
Pour une raison indéterminée, seul l'Afghanistan, taxé à 10% seulement, ne correspond pas à ce calcul, Kaboul étant largement en excédent commercial avec les Américains.
"Il est désormais manifeste que l'administration Trump n'a pas utilisé les chiffres des douanes pour calculer ses droits réciproques", assène Larry Summers. "Cette politique tarifaire n'a aucun sens, même si l'on croit au protectionnisme".
P.Mira--PC