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"On perd tous de l'argent": à Hong Kong, les investisseurs paient cher la guerre commerciale sino-américaine
"On perd tous de l'argent": les petits investisseurs de Hong Kong ont été ébranlés lundi par les hausses de droits de douane décidées par le président américain Donald Trump et les représailles de Pékin, qui ont fait subir à la Bourse locale sa pire journée en près de trois décennies.
L'indice de référence Hang Seng a clôturé en baisse de 13,22% - sa plus forte chute depuis 1997 en pleine crise financière asiatique. Un recul encore plus important que ceux enregistrés sur les autres places asiatiques (-9,7% à Taïwan, -9,66% à Shenzhen, -7,8% à Tokyo, -7,34% à Shanghai ou -5,6% à Séoul).
Dans une maison de courtage du quartier financier de Hong Kong, où plus d'une douzaine d'investisseurs âgés regardent les chiffres clignoter en rouge sur les écrans d'ordinateur, l'ambiance est morose.
Hong Kong occupe le premier rang mondial en termes de participation des investisseurs individuels. Selon une étude de 2023, 48% des personnes interrogées ont détenu ou négocié des actions au cours de l'année précédente.
Une nonagénaire prénommée Tam lance qu'elle "déteste" Trump. "Il m'a coûté 200.000 dollars hongkongais (environ 23.000 euros)", s'insurge-t-elle. "Il est insensé, il dit une chose et change d'avis quelques minutes plus tard... Comment quelqu'un qui occupe une position aussi élevée peut-il agir de la sorte?"
Aucun des 83 titres composant l'indice Hang Seng n'a échappé aux pertes lundi.
Parmi les plus grosses chutes figurent Lenovo Group (-23%) et Alibaba Group (-18%).
Donald Trump "ne veut pas lâcher prise, il est en train de semer la pagaille", fustige un autre retraité prénommé Lee. "Autour de moi, on perd tous de l'argent".
Le centre financier chinois a repris les échanges lundi après une pause de trois jours, ce qui a aggravé la baisse, selon Stanley Chik, expert chez Bright Smart Securities.
- Approche attentiste -
"A la Bourse de Hong Kong, il est rare de voir des pertes généralisées d'une telle ampleur", explique M. Chik à l'AFP, tout en précisant qu'elles sont comparables à la réaction des marchés américains.
La place boursière de Hong Kong avait plutôt bien manœuvré vis-à-vis des annonces venues des États-Unis depuis l'entrée en fonction de Donald Trump en janvier, mais la déroute de lundi a effacé les gains de l'indice Hang Seng du premier trimestre.
Les investisseurs locaux ont adopté une approche attentiste pendant des semaines alors que Trump finalisait ses politiques commerciales, déclare M. Chik, en soulignant que l'humeur n'est néanmoins pas encore au "désespoir".
Un homme de 35 ans, Tsang, explique que la valeur de ses investissements à long terme a diminué d'environ 12.900 dollars (11.740 euros) lundi, mais qu'il n'envisage pas encore de les vendre.
"Je ne m'attendais pas à ce que la situation se dégrade autant", confie cependant cet employé d'une banque commerciale.
"Les actions chinoises pourraient être plus résistantes", estime-t-il. Mais "dans ce genre de conflit (entre la Chine et les États-Unis, ndlr), il est difficile de dire qui souffrira le plus".
L'avocat Ray Chan, 30 ans, fait partie des gagnants de la chute de la Bourse lundi, car il a eu le nez creux en vendant toutes ses actions disponibles à Hong Kong et aux États-Unis il y a deux semaines, ce qui lui a permis de réaliser des gains à sept chiffres.
"Nous entrons clairement dans un marché en baisse mais je m'y suis préparé", explique M. Chan à l'AFP. "Quand (Trump) a dit qu'il y aurait des (hausses de) droits de douane le 2 avril, j'ai deviné que le vent allait tourner".
Compte tenu de la situation, il attendra "au moins un an" avant de retourner tenter sa chance en Bourse.
L.Torres--PC