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L'Argentine de Milei annonce un prêt de 20 milliards du FMI, libère le contrôle des changes
L'Argentine a conclu un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un prêt de 20 milliards de dollars qui permettra l'assouplissement du contrôle des changes en vigueur depuis 2019 dans le pays, a annoncé vendredi le ministre de l'Economie Luis Caputo.
L'accord, que le FMI devait de son côté encore officiellement confirmer, constitue un ballon d'oxygène qu'attendait fébrilement la troisième économie d'Amérique latine, à la position financière précaire -- de maigres réserves de la Banque centrale -- malgré les succès contre l'inflation du président ultralibéral Javier Milei après 16 mois au pouvoir.
"Nous sommes parvenus à un nouvel accord avec le Fonds monétaire international", qui permettra "de recapitaliser la Banque centrale pour avoir une monnaie plus saine, et de continuer le processus de désinflation", a annoncé le ministre à la presse, ajoutant que le conseil d'administration du FMI se réunissait vendredi soir pour valider l'accord.
Selon les termes de l'accord, le peso argentin, actuellement à 1.097 pour un dollar au taux officiel (mais 1.375 au taux informel parallèle) sera autorisé à flotter entre 1.000 et 1.400 pesos pour un dollar, une bande "dont les limites seront élargies au rythme de 1% par mois", a annoncé simultanément la Banque centrale (BCRA) dans un communiqué.
- De nouveau l'accès au dollar -
Par ailleurs, et crucialement pour la vie quotidienne des Argentins, qui par méfiance historique pour leur propre devise pensent, calculent et thésaurisent en dollar, la limite d'accès à 200 dollars par mois par personne sera levée, a indiqué la BCRA.
Des 20 milliards de la "facilité élargie de crédit" du FMI, "15 milliards constitueront des versements de libre disponibilité dès 2025", a précisé la Banque centrale. Dont 12 milliards dès mardi, a souligné M. Caputo.
L'accord avec le FMI va permettre, "à partir de lundi, d'en finir avec le contrôle des changes, qui a fait tant de mal, et depuis sa mise en place en 2019 affecte le fonctionnement normal de l'économie", a ajouté le ministre, dont les équipes étaient depuis novembre en négociation avec le FMI sur l'accord.
Cette injection d'argent frais est considérée comme cruciale par le gouvernement pour reconstituer les réserves de la Banque centrale et "exterminer l'inflation" durablement, selon les mots de Javier Milei.
En mars, l'inflation argentine s'est établie à 3,7%, un regain sensible par rapport aux six mois précédents. Mais qui ne dément pas une tendance lourde à la désinflation depuis plus d'un an.
En interannuel, elle est actuellement de 55,9% sur 12 mois, contre 211% fin 2023, au début de la présidence Milei et des premières mesures choc d'austérité, dont une forte dévaluation de plus de 52% du peso.
- "Besoin comme de l'air" -
"Milei a besoin de cet accord comme de l'air", a analysé pour l'AFP Belen Amadeo, politologue à l'université de Buenos Aires. "Il en a besoin pour valider sa proposition économique, se donner plus de marge de manœuvre, car si l'instabilité s'installe et l'inflation augmente, l'insécurité gagne la population qui se réfugie instantanément vers le dollar". Au risque d'un retour à la case départ, et d'un décrochage du peso.
Outre le prêt du FMI, M. Caputo a annoncé que l'Argentine pourra compter prochainement, avec l'appui d'autres organismes comme la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement, sur "des décaissements de 19 milliards de dollars qui viendront soutenir les réserves de la Banque centrale d'ici 60 jours".
Avec ces fonds, le gouvernement espère une stabilisation financière et in fine, relancer la croissance, à ce jour la pièce manquante dans la stratégie Milei, après une année 2024 en récession (-1,8%), contrecoup de l'austérité budgétaire à fort coût social de sa première année de présidence. Début 2024, la pauvreté avait bondi à 52,9%, avant de reculer à 38% au second semestre, soit à peu près le niveau d'avant la présidence Milei (41,7%)
Le nouveau prêt est rien moins que le 23e accord de financement du FMI, sous diverses formes, avec l'Argentine depuis l'adhésion de celle-ci en 1956. Symbole de l'endettement chronique et du risque récurrent d'insolvabilité du pays, devenu au fil des ans le principal débiteur du Fonds, devant l'Ukraine.
En 2018, l'Argentine avait obtenu un prêt massif de 44 milliards de dollars du Fonds, montant dont le pays doit encore rembourser la majeure partie, et pour lequel le gouvernement péroniste (centre-gauche) précédant Javier Milei avait -- déjà -- négocié un refinancement en 2022.
Mais le FMI a salué a plusieurs reprises les réformes de M. Milei, reconnaissant mardi dernier encore les "progrès impressionnants réalisés par les autorités en matière de stabilisation de l'économie, étayés par un solide ancrage budgétaire".
X.Matos--PC