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Argentine: peso déprécié et attentisme au premier jour "libre" de contrôle des changes
L'Argentine du président ultralibéral Javier Milei a vécu lundi son premier jour depuis six ans en grande partie libérée d'un contrôle des changes, journée marquée par une dépréciation sensible du peso, mais aussi un certain attentisme, et l'absence d'une ruée panique redoutée vers le dollar.
Le même jour, le chef de l'Etat a reçu le "plein soutien" pour ses "réformes économiques audacieuses", pour "rendre à l'Argentine sa grandeur" de la part du secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, venu le rencontrer à Buenos Aires.
Ce appui politique ne s'est pas pour autant accompagné d'annonce de traitement préférentiel dans le cadre des surtaxes de Donald Trump, allié idéologique de Javier Milei, sauf l'annonce de négociations à venir avec l'Argentine, comme avec d'autres pays.
Mais M. Bessent a annoncé "le début de discussions formelles sur le commerce réciproque entre nos deux pays".
"Aujourd'hui, nous sommes plus libres", a claironné dès lundi matin Javier Milei dans une interview radio, célébrant avec la levée du contrôle des changes, la fin d'"un monstre", une "des chaînes les plus lourdes" qui pesait sur l'économie argentine, la 3e d'Amérique latine".
Initialement proposé à 1.250 pesos pour un dollar, le taux officiel s'est établi à 1.230 pour un dollar à la clôture des transactions, selon la banque publique Banco Nacion. Soit une dépréciation de 12% par rapport à vendredi. Mais largement dans la bande de flottement - de 1.000 à 1.400 - fixée par les autorités, sans que la Banque centrale n'intervienne.
Autrement dit un flottement contenu, sans ruée vers le "dollar refuge" des Argentins historiquement méfiants envers leur peso: c'était un scénario craint. Car depuis lundi, ils peuvent avoir accès illimité au dollar dans leurs transactions bancaires, au lieu de la limite de 200 dollars par mois depuis six ans.
Pour les entreprises, demeurent provisoirement des restrictions jusqu'en 2026, pour pouvoir sortir d'Argentine des dividendes en dollars, en fonction de la date de ceux-ci.
Signe lundi de relative stabilité, du moins d'attentisme, le taux de change informel, parallèle, proposé dans la rue s'établissait à un peu moins de 1.300 pesos pour un dollar, soit proche du taux officiel.
- "Attendre de voir" -
"Tout le monde attend de voir ce qui se passe", diagnostiquait pour l'AFP, sous couvert d'anonymat, l'un de ces cambistes officieux - illégaux mais tolérés - au centre de Buenos Aires.
"Il faut baisser un peu les attentes de ce premier jour", a tempéré Santiago Furiase, membre du directoire de la Banque centrale, sur la chaîne LN+. "Ceci va être un processus".
Vendredi, adossé à un prêt massif (20 milliards de dollars, dont 12 disponibles dès mardi) du FMI - pour lequel M. Milei a remercié M. Bessent du soutien américain -, le gouvernement a annoncé une levée du contrôle des changes, imposé en 2019 pour endiguer la fuite de capitaux. Et un flottement du peso, que les marchés considéraient de longue date surévalué.
L'injection d'argent frais du FMI, mais aussi de la Banque mondiale, et de la Banque interaméricaine de développement (42 milliards de dollars au total) est considérée comme cruciale par le gouvernement pour reconstituer les réserves de la Banque centrale, stabiliser le peso, "exterminer l'inflation", selon le mot de M. Milei, et in fine relancer la croissance, après une année 2024 en récession (-1,8%).
- Impact sur l'inflation ? -
Pour les sceptiques, le flottement semi-libre du peso est en fait une "dévaluation implicite" qui ne dit pas son nom. Et fait craindre une répercussion sur les prix, comme en décembre 2023 dans la foulée de la brutale dévaluation (52%) aux premiers jours de la présidence Milei.
L'inflation a depuis été contenue, de 211% en interannuel fin 2023 à 59% actuellement, au prix d'une drastique austérité budgétaire au fort coût social.
"Cette fois, c'est différent", a insisté Javier Milei en écartant le risque d'inflation, avec une émission monétaire désormais tarie. "Au milieu de l'an prochain, le problème de l'inflation en Argentine sera terminé", a-t-il affirmé.
Car, bien plus qu'un accès libre ou pas au dollar, c'est l'indicateur qui "parle" à des millions d'Argentins, dans un pays au salaire minimum à environ 300.000 pesos (240 dollars), et un marché du travail à 40% informel.
"Pour moi c'est impossible de parler de dollars" (parce qu'elle n'a pas de pesos pour en acheter), souriait lundi Carolina Ramírez, employée de maison de 52 ans. "Mais j'ai confiance. Le monsieur (Milei) est très intelligent. Il faut lui donner une chance".
A.Santos--PC