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Dette: Bayrou diagnostique une "situation intolérable", sans s'avancer sur les solutions
François Bayrou a voulu de nouveau alerter les Français sur le "piège" de la dette qui menace "la survie de notre pays", sans proposer de remède immédiat et en écartant la piste des augmentations des impôts.
"Seule la confrontation les yeux ouverts avec la vérité de notre situation peut soutenir une action déterminée", a déclaré le Premier ministre à l'issue d'un "Comité d'alerte du budget" qui a réuni - sans lui - plusieurs membres de son gouvernement avec des parlementaires, des représentants d'organismes de sécurité sociale ou encore syndicaux.
Graphiques à l'appui, le chef du gouvernement a énuméré les faiblesses de la France qui "manque de moyens" pour financer ses priorités parce "qu'elle ne produit pas assez et ne travaille pas assez" par rapport à ses voisins, notamment en raison d'un taux d'emploi plus faible chez les jeunes et les seniors.
- "Explosion assurée" -
"Nous ne pourrons pas en supporter durablement la charge" qui pourrait "atteindre 100 milliards d'euros en 2029", a-t-il prévenu. "Si les taux d'intérêt explosent, alors c'est l'explosion assurée" à laquelle aucun gouvernement ne résistera, a-t-il insisté, un leitmotiv de longue date chez lui.
Après avoir fait ce "diagnostic" d'une "situation intolérable", et annoncé "un effort de quelque 3 milliards supplémentaires" en 2026 pour la défense face à la guerre en Ukraine et au retournement stratégique des États-Unis, François Bayrou n'a pas détaillé de réponses concrètes à ce stade.
Il a simplement annoncé que les "grandes orientations" et les "grands choix" du prochain budget seront proposés avant le 14 juillet, en amont des débats budgétaires au Parlement début octobre.
"Ce calendrier va permettre de rassembler toutes les contributions pendant quelques semaines autour des choix que nous allons devoir faire", a-t-il expliqué.
Dans un contexte de ralentissement de la croissance pour 2025, rabotée à 0,7% dans les prévisions du gouvernement, après 1,1% en 2024, le Premier ministre n'a pas chiffré le volume d'économies à réaliser.
A ses côtés, le ministre de l'Economie Eric Lombard avait évoqué dimanche "un effort" de 40 milliards pour réduire le déficit de 5,4% du PIB — objectif 2025 — à 4,6% en 2026. Il a précisé mardi viser une réduction de 6% des dépenses en cinq ans.
Sur quels leviers agir ? "L'effort doit être équitable entre les trois grandes catégories" - Etat, sécurité sociale et collectivités locales, a indiqué M. Lombard. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a notamment évoqué une action contre "la très grande dérive" des arrêts maladie.
Côté recettes, M. Bayrou a exclu "d'augmenter les prélèvements" car c'est "intenable".
"Si nous choisissions de continuer à augmenter ces prélèvements, c'est notre pays qui en souffrirait", a-t-il dit. Afin de préserver la compétitivité des entreprises, "nous ne souhaitons pas augmenter ni les impôts, ni les charges des entreprises", a renchéri M. Lombard.
Mais pour le premier président de la Cour des Comptes, Pierre Moscovici, "il faut que tous les Français fassent des efforts à hauteur de leur capacité contributive", a-t-il avancé mardi soir sur BFM, jugeant qu'il ne devait pas y avoir de "tabou" sur la "fiscalité".
"Nous sommes mis dans une telle situation que nous n'avons pas d'autre choix que de faire un effort budgétaire", a-t-il par ailleurs jugé.
- "Opération de communication" -
Embourbé dans les sondages et souvent taxé d'immobilisme après quatre mois à Matignon, François Bayrou entendait mardi amorcer la méthode dite de "coresponsabilité" avec les Français qu'il a souvent prônée avant de prendre les commandes du gouvernement.
Mais ce gouvernement tiendra-t-il jusqu'à la présentation du budget 2026 alors que La France insoumise et le Rassemblement national menacent à nouveau de censurer ?
"La conférence de presse du Premier ministre n'est pas à la hauteur de la grave crise des finances publiques", a réagi Marine Le Pen, prévenant que le RN "ne laissera pas passer des mesures contre les Français alors qu'il existe tant de gabegies".
La gauche s'inquiète, elle, de "l'impact récessif" sur la croissance de nouvelles économies et appelle le gouvernement à envisager des hausses d'impôts pour les plus riches et des remises en causes d'exonérations aux entreprises.
Pour la leader de la CGT, Sophie Binet, le Premier ministre n'a apporté "aucune réponse" à ses "interrogations" et "interpellations". De son côté, la patronne de la CFDT, Marylise Léon, a déploré "une vision comptable" du gouvernement, estimant qu'"on ne fait pas un budget uniquement avec un tableur Excel".
bur-bpa-far-max/jbo/asm
F.Ferraz--PC